Source : Cépidc/Inserm
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| Constat |
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Le nombre de décès par surdose de produits stupéfiants est en augmentation depuis 2003. Après le pic atteint au milieu des années 1990, le nombre de décès par surdoses avait rapidement reflué sous l'effet, entre autre, du développement des traitements de substitution aux opiacés et d'une désaffection pour l'héroïne. Le changement de la nomenclature utilisée pour indiquer les causes de décès sur les certificats de décés intervenu en 2000 rend difficile la lecture des évolutions au tout début de la nouvelle décennie. Mais plusieurs années après l'introduction de la 10ème classification internationale des maladies (CIM 10), la tendance constatée à la hausse sur les dernières années (2003 – 2009) ne peut-être attribuée à un artefact statistique. Cette tendance à la hausse est encore plus nette lorsque l'on considère les individus de 15 à 54 ans, groupes d'âge associés aux usagers actifs de drogue: le nombre de décès recensés était de 208 en 2003 et atteignait 323 en 2009 (+50 %).
Différentes hypothèses ont été avancées pour expliquer cette augmentation récente du nombre de décès par surdoses de drogues illicites. Plusieurs indices vont tout d'abord dans le sens d'un retour de la consommation d'héroïne : hausse des interpellations pour usage d'héroïne, plus forte disponibilité de l'héroïne (1), circulation d'échantillons d'héroïne de pureté supérieure à 30 %, dans un marché dominé depuis plusieurs années par une héroïne de mauvaise qualité. Les données issues des certificats de décès renseignent assez mal les produits en cause. Des données d'une autre source (DRAMES, voire Remarques méthodologiques ci-dessous) moins exhaustive mais exclusivement basée sur des résultats d'analyse toxicologique font apparaître sur les années 2006 à 2009 un accroissement du pourcentage de décès par surdose dans lesquels l'héroïne est impliquée. Cette source montre également une augmentation des décès liés à la consommation de méthadone. L'apparition de jeunes usagers moins sensibilisés aux pratiques de réduction des risques a également été avancée comme explication de la hausse des décès par surdoses. Mais on trouve aussi parmi ces décès par surdoses une part non négligeable de personnes relativement âgées (plus de 64 ans), ce qui ne correspond pas au profil habituel des usagers de drogues. Si on constate bien une tendance au vieillissement des usagers d'opiacés vus dans les centres de soins, la proportion d'entre eux ayant dépassé cinquante ans reste encore relativement faible. L'hypothèse de décès accidentels ou de formes de suicides liés à l'utilisation de traitements antidouleurs mériterait d'être explorée. Ce type de décès ne remet pas en cause la tendance à l'augmentation mais contribue à l'amplifier.
Parmi les décès par surdose, on compte un peu moins d'1 femme pour 4 hommes.
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| Remarques méthodologiques
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Les données du graphique ci-dessus reposent sur les certificats de décès collectés et analysés par le CépiDc (INSERM). Les informations figurant sur les certificats de décès ont été codées suivant la nomenclature de la Classification Internationale des Maladies 9e version (CIM 9) jusqu'en 1999, puis de la 10ème classification (CIM 10) depuis 2000. Depuis cette date, les décès pris en compte pour établir le graphique ci-dessus sont ceux correspondant aux codes CIM10 F11-F12, F14-F16 et F19 (troubles du comportement liées à la consommation des différents produits stupéfiants) ainsi qu'aux codes X42 (décès accidentels liés aux stupéfiants), X62 (suicides par usage de stupéfiants) et Y12 (décès par usage de stupéfiants, contexte inconnu). Il s'agit des causes dites initiales, c'est-à-dire ayant directement provoqué les décès. Cette liste de codes est conforme aux recommandations européennes qui visent à l'établissement de statistiques comparables pour les pays de l'Union européenne. Les codes CIM 9 utilisés auparavant correspondaient également aux recommandations européennes.
Ces chiffres souffrent de certaines limites. Certains certificats de décès peuvent tout d'abord ne pas mentionner la présence de stupéfiants, volontairement dans certains cas ou involontairement si l'utilisation de stupéfiants n'est pas connue. Certains décès par surdose peuvent également être classés en « cause inconnue ou mal connue », notamment en cas d'enquête et d'expertise toxicologique. De plus ces données ont longtemps pâti d'un très long de délai de mise à disposition qui a pu aller jusqu'à 4 ou 5 ans. Ce délai a récemment été réduit mais il est encore de presque 24 mois (seules les données 2009 étaient disponibles en décembre 2011).
En raison de l'importance des délais de publication des données de l'Inserm, ce sont les données de l'OCRTIS, disponibles quelques mois après la fin de l'année qui ont été utilisées pour la série statistique sur les décès par surdose jusqu'en 2005. Elles correspondaient aux décès par surdoses directement et immédiatement liés aux conditions d'administration de la substance portées à la connaissance des services de police ou des unités de gendarmerie nationale. Jusqu'à la fin des années 1990 il a pu être constaté une grande similitude entre les chiffres de l'OCRTIS et ceux de l'Inserm. Des écarts pour le nombre de décès et des divergences dans les évolutions sont ensuite apparus, les données de l'OCRTIS montrant une poursuite de la baisse du nombre de décès jusqu'en 2005, alors que celles de l'Inserm allaient dans le sens d'une augmentation depuis 2003. Les données de l'OCRTIS semblaient donc clairement sous-estimer le nombre de décès par surdose.
L'AFSSAPS a de son côté mis en place dans le cadre du système DRAMES (Décès en Relation avec l'Abus de Médicaments Et de Substances) un recueil de données basé sur les informations fournies par les laboratoires d'analyses toxicologiques et les Instituts médico-légaux (IML). Les limites du système DRAMES tiennent pour l'instant à une couverture non exhaustive et variables des laboratoires et IML, ce qui rendait difficile les comparaisons d'une année sur l'autre. Depuis 2006, le nombre de laboratoires et IML participants est demeuré stable (19 centres, Nice et Strasbourg étant toujours manquant). Les données de DRAMES confirment néanmoins la sous-estimation des données de décès par surdoses de l'OCRTIS, ainsi que la tendance à la hausse observée par les données du CépiDc au cours des dernières années.
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| Bibliographie |
Cadet-Taïrou A. et alii (2010), "Drogues et usage de drogues en France, Etat des lieux et tendances récentes" , neuvième édition du rapport national du dispositif Trend ", OFDT, 281 p.
Janssen E. (2009), "Les décès par surdose de drogues en France. Une présentation critique", RESP, 57: 126-129.
Janssen E., Palle C. (2010), "Les surdoses mortelles par usage de substances psychoactives en France" , Tendances, 70, p. 1-6.
Lepère B. et al., "Diminution du nombre de surdoses mortelles à l'héroïne, en France, depuis 1994. A propos du rôle des traitements de substitution", Annales de Médecine Interne, 152, (Suppl. au n°3), 2001, p. 1S5-1S12.
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