Synthèse thématique : cannabis

 

Accès rapides :

- Présentation
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- Conséquences
- Perceptions/opinions
- Cadre légal et orientations publiques récentes
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- Repères législatifs et réglementaires

 

Présentation

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Le cannabis est une plante dont l’espèce la plus répandue est le Cannabis sativa (chanvre indien) et ses effets neuropharmacologiques sont essentiellement dus au delta9-tetra-hydro-cannabinol (?9-THC). Il est classé en France comme stupéfiant. Il se présente sous 3 formes : l'herbe (feuilles, tiges et sommités fleuries séchées), la résine (le "haschisch") et l'huile (plus concentrée en principe actif). Généralement, l'herbe et le haschisch se fument sous forme de "joint" (avec du tabac, sous la forme d'une cigarette roulée). L'huile est plutôt consommée à l'aide d'une pipe. Plus marginalement, le cannabis peut aussi être ingéré, incorporé dans des préparations alimentaires (gâteaux space-cakes ) ou bu (infusions) [1].

 

Production / offre

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Des saisies en baisse

La valeur du marché national du cannabis (résine et herbe), selon des données remontant à 2007, est estimée à 832 millions d’euros [2].

Les saisies de résine (70,9 tonnes) et d’herbe (4,7 tonnes) de cannabis augmentent fortement en 2013 (respectivement + 38,7 % + 45,0 %). Pour la résine, l’augmentation interrompt la tendance à la baisse observée depuis 2009. Ce phénomène s’explique par de grosses saisies maritimes réalisées en Méditerranée.

Les saisies de pieds de cannabis (141 tonnes) sont en augmentation (+ 7,6 %) et se situent à un niveau sans précédent. Cela traduit le développement de la culture d’herbe en France.

Ainsi que les interpellations pour trafic

Les interpellations pour usage de cannabis, en léger recul par rapport à 2009 (- 2 %), représentent toujours 90 % des interpellations pour usage de stupéfiants (les données 2010 sont les dernières disponibles). Leur nombre a augmenté de 65 % par rapport à l’année 2000.

En dehors des affaires d’usage, les services de police et de gendarmerie ont effectué 15 302 interpellations pour usage-revente et trafic de cannabis [3].

Modes d’approvisionnement en cannabis

En 2005, parmi les fumeurs de cannabis au cours de l’année, à 17 ans, les garçons sont plus nombreux que les filles à déclarer « généralement » l’acheter (49,9 % contre 33,3 %) ou le cultiver (12,4 % contre 4,5 %) ; ces dernières sont en revanche plus nombreuses à se le faire offrir (77,2 % contre 60,4 %). Ces réponses ne sont pas exclusives : un consommateur peut en effet alterner entre ces modes d’approvisionnement, suivant les opportunités. Néanmoins, les parts d’autoculture et d’achat croissent avec la fréquence d’usage, tandis que celle du don diminue [4].

En population adulte, en 2010, on estime à 80 000 le nombre de personnes ayant consommé du cannabis dans l'année et déclarant se l'être prucré uniquement par le biais de l'autoculture. Les données de 2005, pas directement comparables avec celles de 2010, estimaient à 200 000 le nombre de personnes se procurant occasionnellement du cannabis par le biais de la cannabiculture [1].

Observations locales

Le cannabis, qu’il se présente sous la forme d’herbe ou de résine, est un produit très disponible en France, quels que soient les aléas qui peuvent survenir sur certains marchés locaux. Au cours des décennies précédentes cette substance a eu tendance à se banaliser et son usage concerne désormais les milieux sociaux les plus divers. On observe une hausse de la disponibilité de l’herbe, due notamment au développement de l’autoculture. Par ailleurs, des associations officieuses à but non lucratif de cultivateurs-consommateurs, surnommés cannabis social clubs, sont de plus en plus visibles. Il s’agit pour ces groupes d’usagers de mutualiser leurs moyens afin de produire leur propre consommation tout en cherchant à peser dans le débat sur le statut du produit. Enfin, certains milieux criminels s’intéresseraient à la production intensive de cannabis, avec le développement du phénomène des cannabis factories, sur le modèle des Pays-Bas et de la Belgique [1].

En 2013, le prix médian de l’herbe de cannabis s’établit d’après l’OCRTIS [3] à environ 8,5 € pour une fourchette comprise entre 7 € et 10 € le gramme (tableau 10.2). Ce prix est en hausse par rapport aux années précédentes (6,5 € en 2009, 7 € en 2010, 7,5 € en 2011 et 8 € en 2012). Cette augmentation du prix de l’herbe s’expliquerait par le fait qu’une fraction croissante des consommateurs privilégient des produits qu’ils perçoivent comme étant de « bonne qualité ».

Le prix médian de la résine de cannabis est stable. En 2013, il s’élève à 6 € le gramme [3].

Face à ces évolutions du marché, et notamment l'appétence des usagers pour l'herbe jugée de meilleure qualité, les trafiquants de résine de cannabis tendent à s’adapter en proposant des résines plus dosées.

L’augmentation des teneurs moyennes en THC observée depuis les années 2000 se confirme en 2013. Le taux de THC des résines s'accroît encore, passant de 16 % en 2012 à 17 % en 2013 ; il a doublé en 10 ans. Cela est dû essentiellement à l’augmentation de la circulation de résines fortement dosées (> 15 %) et à la baisse concomitante de la circulation des résines faiblement dosées (< 2 %). Le taux maximum de THC relevé dans la résine est de 40 % en 2013 (INPS (Institut national de police scientifique) 2013).

La teneur en THC dans l’herbe de cannabis est elle aussi en augmentation et passe de 10 % en moyenne en 2012 à 13 % en 2013. L’explication de cette tendance tient également dans l’augmentation des herbes fortement dosées (> 15 %). [6].

 

Consommation

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En population adolescente

Parmi les jeunes collégiens

Le cannabis est la première substance illicite consommée par les adolescents. Son expérimentation progresse rapidement entre 11 et 15 ans [7, 8]. En 2010, l'expérimentation du cannabis concerne un collégien sur dix. De marginale en classe de sixième (1,5 %), l’initiation au cannabis concerne pratiquement un adolescent sur quatre en troisième.

À la fin de l'adolescence

En 2011, 41,5 % des jeunes de 17 ans déclarent avoir fumé du cannabis au cours de leur vie (50,2 % en 2002) [9]. Plus d’un sur cinq (22,4 % - 18,5 % des filles et 26,3 % des garçons) déclare avoir consommé du cannabis au cours du dernier mois, ces consommations ayant principalement lieu le week-end. Un examen plus précis chez les 17 ans fait apparaître une baisse du niveau d'expérimentation chez les garçons et une stabilité chez les filles entre 2008 et 2011. Cette baisse de l'usage du cannabis observée à partir de 2002 intervient après une assez longue période de diffusion de ce produit depuis le début des années 90, suivi d’une stagnation dans les années 2000.

En comparaison avec les autres pays européens

L'enquête scolaire ESPAD de 2011 [10, 11] permet de situer la France par rapport à la plupart des autres pays européens à l'âge de 16 ans. Les niveaux d’usages de cannabis opposent aujourd’hui schématiquement l’Europe occidentale à l’Europe de l’est, les niveaux d’usage diminuant progressivement de la façade atlantique à l’Oural. Par ailleurs, la France se distingue clairement en ’Europe, en étant le seul pays avec un niveau largement supérieur à 15 %. Parmi les pays d’Europe centrale où les usages au cours du mois sont généralement modérés, la République tchèque occupe une place particulière avec un niveau d’usage déclaré supérieur à celui de ses voisins frontaliers directs.

En population adulte

En 2010, 8 % des 18-64 ans déclarent avoir consommé du cannabis au cours de l’année (11 % des hommes et 5 % des femmes) [12]. Ces usages sont surtout le fait des tranches d’âge les plus jeunes : 22,8 % des 18-25 ans ont fumé du cannabis durant les 12 derniers mois, ils ne sont plus que 13,8 % chez les 26-34 ans. Au-delà de 45 ans, l’usage au cours de l’année s'avère très rare (2,4 % des 45-54 ans et 0,8 % des 55-64 ans). Par ailleurs, cette consommation concerne surtout les hommes, quels que soient la tranche d’âge ou le niveau d’usage observés (au-delà de 55 ans, les usages sont suffisamment rares pour que les différences entre les sexes ne soient plus significatives).

Depuis le début des années 1990, l’expérimentation de cannabis a connu une hausse assez nette pour atteindre 24 % en 2000 puis 29 % en 2005 et 33 % en 2010 parmi les 18-64 ans. Sur la dernière période, la légère hausse associée à une consommation globale stable est mécanique car elle est liée à un effet de « stock » des générations anciennes de fumeurs. Cette diffusion est surtout le fait des jeunes générations.

Le niveau d'usage régulier (au moins dix fois au cours des trente derniers jours) est demeuré stable entre 2005 et 2010.

L'usage problématique

Le CAST (Cannabis Abuse Screening Test), conçu par l'OFDT, s'intéresse aux modalités d'usage et à certains effets négatifs liés à la consommation de cannabis au cours de la vie ou des 12 mois précédant son remplissage [27]. La version actuelle comporte 6 questions ("Avez-vous fumé du cannabis avant midi?" ; "Avez-vous fumé du cannabis lorsque vous étiez seul(e)?" ; "Avez-vous eu des problèmes de mémoire quand vous fumiez du cannabis?" ; "Des amis ou membres de votre famille vous ont-ils déjà dit que vous devriez réduire votre consommation de cannabis?" ; "Avez-vous essayé de réduire ou d'arrêter votre consommation de cannabis sans y arriver?" ; "Avez-vous eu des problèmes à cause de votre consommation de cannabis (dispute, incidents, mauvais résultats à l'école…)?") à 5 modalités de réponse (jamais, rarement, de temps en temps, souvent, très souvent).

En 2011, au vu des résultats du CAST en population générale, 18 % des jeunes de 17 ans ayant consommé du cannabis au cours de l’année présentent un risque élevé d’usage problématique, voire de dépendance (23 % pour les garçons et 13 % pour les filles), ce qui correspond à 5 % de l’ensemble des adolescents de cet âge (7 % pour les garçons et 3 % pour les filles) [1].

Concernant l'usage problématique, l'OFDT a publié en décembre 2013 avec le soutien de la Fédération Addiction une revue de la littérature fournissant un état des lieux des connaissances, des outils et des pratiques mis en œuvre pour favoriser la prise en charge de l’usage problématique de cannabis au niveau des soins primaires, en France et à l’étranger. Ce travail fait suite au guide pratique des outils de repérage de l'usage problématique de cannabis, paru en septembre 2013, qui offre une aide pratique aux professionnels de santé de première ligne confrontés aux adolescents en situation d'usage de cannabis.

 

Conséquences

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Approche clinique : les effets d’une consommation de cannabis

Les effets neuropsychiques du cannabis fumé apparaissent environ 15 à 20 mn après son inhalation chez un consommateur occasionnel, un peu plus tard chez un usager régulier.

Une prise de cannabis entraîne en général une euphorie modérée et un sentiment de bien être suivi d’une somnolence mais aussi un affaiblissement de la mémoire à court terme et des troubles de l’attention.

En fonction de la dose absorbée et de la tolérance du consommateur, la prise de cannabis entraîne une augmentation du temps de réaction, une difficulté à effectuer des tâches complètes et des troubles de la coordination motrice susceptibles d’augmenter les risques associés à la conduite. La prise de cannabis potentialise en outre les effets de l’alcool.

Le cannabis diminue les capacités de mémorisation et d’apprentissage, mais une prise peut également donner lieu à des symptômes psychiatriques : hallucinations ; troubles anxieux très intenses. Une consommation soutenue peut conduire à un désintérêt pour les activités habituelles, à une fatigue physique et intellectuelle, à des difficultés de concentration et de mémorisation et à une humeur dépressive [13].

À un niveau de consommation élevé, apparaît le risque de dépendance – psychique surtout – et peuvent survenir des problèmes relationnels, scolaires et professionnels. L’usage régulier de cannabis peut, par ailleurs, accompagner ou aggraver l’apparition de troubles psychiatriques [1].

 

Un nombre croissant de prises en charge dans les centres de soins

L’usage de cannabis conduit une partie des consommateurs à entrer en contact avec des structures ou des professionnels de santé. Ces usagers sont le plus souvent accueillis dans les centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA). Ils sont aussi vus dans des services ou établissements hospitaliers sans centres spécialisés mais disposant de consultations ambulatoires en addictologie ou en médecine de ville.

En 2010, les CSAPA ont reçu 38 000 personnes principalement consommatrices de cannabis [14]. Plus de la moitié d’entre elles ont été vues dans le cadre d’une consultation jeunes consommateurs (CJC), dispositif géré, à quelques exceptions près, par les CSAPA. Créées fin 2004, les CJC proposent un accompagnement aux jeunes usagers de cannabis et d’autres produits (l’âge moyen des consultants avoisinant 23 ans) ainsi qu’à leurs familles. En pratique, le dispositif touche une majorité d’usagers de cannabis (92 %). La moitié du public reçu à la CJC est adressée par la justice : parmi eux, les jeunes majeurs (18-25 ans), de sexe masculin, consommateurs occasionnels de cannabis, sont majoritaires. Environ un tiers du public présente, à l’inverse, une dépendance au cannabis : il s’agit souvent de consultants plus âgés, venus spontanément ou adressés par un professionnel de santé. Cette frange du public comprend en outre une part plus importante de femmes. En dehors des CSAPA, des consommateurs de cannabis peuvent également être vus par des médecins généralistes. En 2009, 59 % d’entre eux déclarent avoir reçu en consultation au moins un patient au cours de l’année pour usage de cannabis [15].

Les conséquences sur la morbidité et la mortalité

Des études montrent l’impact de la consommation de cannabis sur la santé dans plusieurs domaines : les accidents de la route, certains cancers, certaines pathologies de l’appareil circulatoire et respiratoire, et certaines pathologies mentales. Les effets peuvent être liés soit au principe actif du cannabis (?9-THC) soit aux substances résultant de sa combustion (goudrons). Les produits ajoutés au cannabis de manière intentionnelle (coupe) ou involontaire (contaminants) pourraient plus rarement intervenir dans l’apparition de pathologies.

- Les liens entre consommation de cannabis et accidents de la route ont été étudiés dans le cadre dans l’enquête SAM (Stupéfiants et accidents mortels de la circulation routière). Entre octobre 2001 et septembre 2003, tous les conducteurs impliqués dans un accident mortel de la route ont fait l’objet d’un dépistage en vue de savoir s’ils avaient consommé des stupéfiants. Au cours de la période d’enquête, 7 % de conducteurs impliqués dans un accident mortel se sont relevés positifs au cannabis (THC sanguin supérieur à 1ng/ml) parmi lesquels 2,8 % avaient également consommé de l’alcool. La prévalence du cannabis passe à 17 % chez les moins de 25 ans. La comparaison des conducteurs responsables à un groupe de conducteurs non responsables a permis de montrer que les conducteurs sous l’influence du cannabis ont 1,8 fois plus de risque d’être responsables d’un accident mortel que les conducteurs négatifs (IC 95 % = 1,4-2,3), le risque est multiplié par 14 en cas de consommation associée d’alcool (IC 95 % = 8,0-24,7) [16]. Ainsi, la consommation de cannabis peut être jugée responsable de 170 à 190 décès annuels par accidents de la route à la fin des années 2000 [17]. L’étude SAM a permis par ailleurs de proposer une estimation de la prévalence du cannabis parmi l’ensemble des conducteurs « circulants » de 2,8 % (chiffre équivalent à celui de l’alcoolémie supérieure ou égale au seuil légal de 0,5g/l) [16, 18].

- Sur le plan somatique, peu de pathologies ont été décrites comme étant en lien avec une consommation aigüe de cannabis. De rares risques d’infarctus du myocarde (où le cannabis interviendrait comme facteur déclenchant), de troubles du rythme voire d’accidents vasculaires cérébraux sont décrits. En 2012, le cannabis est impliqué, au moins en partie, dans 15 décès selon l’enquête DRAMES, soit 5 % des décès liés à l’usage abusif de substances psychoactives. Parmi ces décès 8 sont liés à une pathologie cardiovasculaire ischémique, 4 à une myocardiopathie dilatéeSont toutefois été cités [26]. La prise en compte de ces décès liés au cannabis est récente et inégale selon les laboratoires participant à l’enquête, ce qui ne permet pas de dégager de tendances dans le temps. Les conséquences d’une consommation chronique de cannabis fumé, plus fréquentes, se rapprochent quant à elles des tableaux cliniques observés avec le tabac puisque sont retrouvés des risques de cancers (poumon et voies aérodigestives supérieures essentiellement ; vessie, prostate ou cancer du col utérin plus rarement) et de maladies respiratoires chroniques [19].

- Sur le plan psychologique, l’intoxication aiguë peut également donner lieu à des troubles anxieux, sous la forme d’attaques de paniques (bad trip) ou d’un syndrome de dépersonnalisation très angoissant. Rare, la psychose cannabique se manifeste par des bouffées délirantes ou des hallucinations visuelles avec agressivité, désorientation temporo-spatiale… Ces symptômes psychiatriques régressent le plus souvent avec l’arrêt des prises, mais sont parfois inauguraux de pathologies chroniques. La consommation régulière de cannabis peut constituer un facteur d’aggravation de toutes les maladies psychiatriques (augmentation du risque suicidaire, de désinsertion sociale, des troubles de l’humeur et anxieux). Une consommation chronique débutée au début de l’adolescence pourrait même entraîner un déclin cognitif irréversible. La consommation de cannabis serait un des nombreux facteurs (ni nécessaire, ni suffisant) qui favorisent la survenue d’une schizophrénie. Cependant, son rôle causal est encore l’objet de controverses. Le risque semble faible, mais augmenterait avec les quantités consommées et lorsque l’usage commence avant l’âge de 15 ans. Si plusieurs études ont montré une association statistique entre maladie psychotique et consommation déclarée de cannabis, la forte augmentation de l’usage de cannabis ne s’est pas accompagnée d’une augmentation de l’incidence des schizophrénies [20].

Conséquences sociales : première substance concernée dans les interpellations pour usage de stupéfiants.

Les interpellations pour usage de cannabis représentent toujours 90 % des interpellations pour usage de stupéfiants. Leur nombre a augmenté de 65 % par rapport à l’année 2000. En dehors des affaires d’usage, les services de police et de gendarmerie ont effectué 15 302 interpellations pour usage-revente et trafic de cannabis en 2010 [3].

Les usagers fréquents de cannabis rapportent également avoir eu des difficultés dans les études ou le travail au cours de l’année pour un peu moins de 40 % d’entre eux (souvent 7 %, parfois 30 %) [21].

 

Perceptions : opinions

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Perception en population générale

Un Français sur deux (54 %) considère le cannabis comme dangereux dès le premier usage, proportion qui, après une nette augmentation entre 2002 et 2008 (62 % contre 52 %), retrouve le niveau observé en 1999.

Un durcissement est notable concernant la représentation des usagers de cannabis.Un tiers des Français (67 %) estiment qu’ils sont dangereux pour leur entourage, contre 62 % en 2008. La proportion de personnes qui considèrent que ces consommateurs souffrent d’une maladie est en recul, passant de 19 % à 11 %. Il en va de même pour ceux qui pensent que leur usage est dû à des problèmes familiaux (28 % contre 31 %). Toutefois, près d’une personne sur quatre (23 %) estime qu’il leur est possible de vivre normalement [22].

Opinions sur les politiques publiques

Six Français sur dix estiment qu’on pourrait autoriser l’usage de cannabis sous certaines conditions (seulement pour les usagers majeurs) et l’interdire sous d’autres (avant de conduire ou pour les mineurs), contre trois sur dix en 2008. Cependant, une large majorité de la population continue d’être opposée à la vente libre de cannabis (78 %), proportion qui a toutefois reculé puisqu’ils étaient 85 % à partager cette opinion en 2008.

Bien qu’ils restent minoritaires en 2013, le nombre de Français qui perçoivent l’interdiction du cannabis comme une atteinte à la liberté est en augmentation : 44 % des personnes interrogées sont de cet avis, contre 31 % en 2008.

Interrogés sur les réponses pénales relatives à l’usage et la détention de cannabis, les Français adhèrent davantage (86 %) à celles qui orientent vers les soins (obligations de soins) ou qui se limitent à un rappel à la loi. Une large majorité approuve le dispositif des stages de sensibilisation aux dangers de l’usage des produits stupéfiants (68 %), prévus pour les usagers occasionnels de stupéfiants non dépendants dans le but de les dissuader de récidiver. La possibilité prévue par la loi d’une amende financière divise l’opinion en deux parts égales (50 %) et par ailleurs un tiers des personnes interrogées adhère à l’idée de peines de prison (36 %) [28].

Perception par les usagers

L’image du cannabis varie selon la forme du produit. L’herbe semble la plus plébiscitée par les usagers. Ce constat s’inscrirait dans la tendance observée depuis quelques années chez les usagers à privilégier des produits d’origine naturelle. Ainsi l’herbe apparaît comme un produit exempt de produits de coupage contrairement à la résine. [5]

 

Cadre légal et orientations publiques récentes

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Le cannabis est un produit classé stupéfiant et son usage est interdit, conformément à la loi du 31 décembre 1970, dont les dispositions ont été intégrées dans le Code pénal et le Code de la santé publique. En acheter, en consommer, en détenir, en donner, en revendre, en cultiver (chez soi ou à l'extérieur), en transporter ou conduire après en avoir consommé sont autant d'infractions à la loi, passibles de sanctions lourdes devant les tribunaux, quelle que soit la quantité de cannabis incriminée. Les peines sont doublées quand le cannabis est vendu ou donné à des mineurs.

Depuis la loi du 3 février 2003, toute personne ayant conduit après usage de substances classées comme stupéfiants est passible d'une peine de 2 ans d'emprisonnement et de 4 500 € d'amende. Si la personne se trouvait également sous l'emprise de l'alcool (plus de 0,5 g par litre dans le sang), les peines sont portées à 3 ans d'emprisonnement et à 9 000 € d'amende. Des contrôles avec un dépistage d'usage de stupéfiants peuvent être réalisés par les services de police ou de gendarmerie.

Le cannabis fait aussi partie des produits dopants interdits aux sportifs : il peut être recherché dans les urines au cours des contrôles anti-dopage et, en cas de contrôle positif, donner lieu à une suspension par la fédération sportive.

Le trafic de stupéfiants fait l'objet d'une pénalisation sévère qui s'est durcie depuis la fin des années 1980 : les peines encourues peuvent aller jusqu'à la réclusion criminelle à perpétuité et une amende de 7,5 millions d'euros [23]. En 2012, plus de 3 tonnes d’herbe et 51 tonnes de résine ont été saisies, ce qui place la France au deuxième rang de l’UE.

Orientations publiques récentes

Le cadre légal (loi du 31 décembre 1970) dans lequel s'inscrit l'usage de drogues illicites (le cannabis étant la plus couramment expérimentée et consommée) comporte différents niveaux de sanction allant du rappel à la loi à une peine d'emprisonnement ou une injonction thérapeutique. La loi de 1970 est toutefois peu appliquée dans les faits : Les peines d'emprisonnement prévues par la loi pour sanctionner l'usage seul sont de moins en moins rares (1.431 condamnations en 2012, six fois plus que dix ans auparavant). Depuis 2007, comme le préconise le Plan gouvernemental de lutte contre les drogues et la toxicomanie 2008-2011, la réponse pénale à l'usage de cannabis s'est systématisée et diversifiée avec, notamment, la création des stages de sensibilisation aux dangers de l'usage de produits stupéfiants, dont l'objectif est de" faire prendre conscience au condamné des conséquences dommageables pour la santé humaine et pour la société de l'usage de tels produits " (article L 131-35-1 du code pénal). Organisés sous le contrôle du Procureur de la République ou du Directeur départemental de la protection judiciaire de la jeunesse pour les mineurs, ils peuvent être prononcés au titre d'une mesure alternative aux poursuites, d'une ordonnance pénale et d'une composition pénale. L'obligation d'accomplir le stage peut aussi être prononcée à titre de peine complémentaire. Le Plan gouvernemental 2008-2011 s'était également fixé l'objectif de "lutter contre la culture illicite de cannabis", considérant qu'une partie non négligeable du cannabis consommé serait produite sur le territoire national. Prenant acte des estimations de l'OFDT (200 000 cannabiculteurs en France), le Plan s'était engagé à clarifier la réglementation concernant le commerce de graines de cannabis et à mieux encadrer le commerce des variétés autorisées ; il avait également annoncé la mise en place de moyens de détection de l'auto-culture innovants (appareils à infrarouge, détection aérienne, etc.).

Le Plan gouvernemental actuel (2013-2017) [24] recommande de mieux appliquer la loi, en mettant l'accent sur la répression du trafic et la prise en charge des usagers de cannabis, en particulier à travers les "consultations jeunes consommateurs". Prenant acte de l'essor important des saisies de cannabis dans la période récente, il prévoit d'intensifier la lutte contre la cannabiculture, en exerçant une "surveillance particulière" des canaux d'accès aux sites de vente de matériel destiné à la culture de cannabis et en dotant les services d'investigation de moyens de détection innovants.

Prise en charge spécifique au titre du cannabis

Depuis le second semestre 2004, un dispositif de consultations spécialisées, anonymes et gratuites, destinées aux jeunes consommateurs de cannabis et d'autres substances psychoactives et à leurs familles a été mis en place. Des consommateurs de cannabis, jeunes ou moins jeunes, étaient déjà pris en charge depuis de nombreuses années, soit dans le cadre des centres spécialisés de soins aux toxicomanes (CSST) - aujourd'hui CSAPA -, soit par des professionnels et des institutions non spécialisés (médecins de ville, hôpital) mais ce dispositif spécifique vise à rendre cette offre de soins plus accessible.

L'objectif de ces "consultations jeunes consommateurs" est de proposer une évaluation de la consommation et un diagnostic en cas de consommation nocive, d'offrir une information et un conseil personnalisés aux usagers à risque et une prise en charge brève aux jeunes ayant un usage nocif sans complications sociales ou psychiatriques, d'accompagner ou de proposer une orientation aux jeunes en situation d'abus ou de dépendance, d'offrir, enfin, un accueil aux parents en difficulté face à la consommation de leurs enfants, avec la possibilité de séances conjointes parents-enfants. Pendant les 12 premiers mois d'activité des consultations cannabis (de mars 2005 à février 2006), environ 16 000 consommateurs ont été vus (une fois ou plus) et quelque 13 000 personnes de l'entourage des consommateurs (parents, conjoints, amis) ont été accueillies. Le Plan gouvernemental 2008-2011 visait à tripler le nombre de jeunes pouvant bénéficier de l'aide des consultations pour arriver à 120 000 personnes, notamment en créant, une cinquantaine de nouvelles consultations, permettant une couverture territoriale adaptée, y compris en zone rurale.

Un bilan de l'activité de ces consultations est produit par l'OFDT : il montre notamment que près de la moitié des consommateurs reçus dans ces consultations sont orientés par la justice [25].

 

Sélection de documents

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[1] Le Nézet O., « Cannabis » dans Drogues et addictions, données essentielles
Saint-Denis, OFDT, 2013, pp. 214-225.

[2] Ben Lakhdar C., Legleye S. et Spilka S., « Estimation du chiffre d’affaires du cannabis » dans Costes J.M. (dir.), Cannabis Données Essentielles.
Saint-Denis, OFDT, 2007, pp. 73-78.

[3] Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (OCRTIS), données 2010 à 2013 non publiées.

[4] Beck F., Legleye S., Spilka S., Les drogues à 17 ans. Evolutions, contextes d'usages et prises de risque. Résultats de l'enquête nationale ESCAPAD 2005
Tendances, n°49, 2006, 6 p.

[5] Cadet-Taïrou A., Gandilhon M., Marchés, substances, usagers : les tendances récentes (2011-2012)
Tendances, n°86, 2013, 8 p.

[6] INPS (Institut national de police scientifique), 2013. Données issues de fichiers STUPS 2012.

[7] Spilka S., Le Nézet O., Beck F., Ehlinger V., Godeau E., Alcool, tabac et cannabis durant les « années collège »
Tendances, n°80, 2012, 6 p.

[8] Currie C., Zanotti C., Morgan A., Currie D., De Looze M., Roberts C., Oddrun S., Smith O. et Barnekow V., Social determinants of health and well-being among young people. Health Behaviour in School-aged Children (HBSC) study: international report from the 2009/2010 survey
Copenhague, WHO Regional Office for Europe, 2012, 252 p. (Health Policy for Children and Adolescents, n°6)

[9] Spilka S., Le Nézet O., Tovar M.-L., Les drogues à 17 ans : premiers résultats de l’enquête ESCAPAD 2011
Tendances, n°79, 2012, 6 p.

[10] Hibell B., Guttormsson U., Ahlström S., Balakireva O., Bjarnason T., Kokkevi A., Kraus L., The 2011 ESPAD report: substance use among students in 35 European countries
Stockholm, CAN, 2012, 390 p.

[11] Spilka S., Le Nézet O., Premiers résultats du volet français de l'enquête ESPAD 2011
Saint-Denis, OFDT, 2012, 17 p.

[12] Beck F., Tovar M.-L., Spilka S., Guignard R., Richard J.-B., Les niveaux d’usage des drogues en France en 2010, exploitation des données du Baromètre santé 2010
Tendances, n°76, 2011, 6 p.

[13] « Risques, conséquences et effets liés aux usages de cannabis » dans Cannabis Données Essentielles
Saint-Denis, OFDT, 2006, pp.88-109

[14] Palle C., Rattanatray M., Les centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie, situation en 2010 et évolution entre 2005 et 2010
Saint-Denis, OFDT/DGS, 2013, 89 p.

[15] Guignard R., Beck F., Obradovic I., « Prise en charge des addictions par les médecins généralistes », dans Gautier A. (dir.), Baromètre santé médecins généralistes 2009
Saint-Denis, INPES, 2011, pp. 177-201

[16] Groupe SAM, et al., Stupéfiants et accidents mortels de la circulation routière (projet SAM). Synthèse des principaux résultats.
Saint-Denis, OFDT, 2005, 39 p.

[17] Van Elslande P., Jaffard M., Fournier J.Y., Fouquet K., Nussbaum F., Perez E. et al., Stupéfiants et accidents mortels (projet SAM) : Analyse accidentologique des défaillances de conduite sous l'influence de l'alcool et/ou du cannabis.
Saint-Denis, OFDT, 2011, 67 p.

[18] Laumon B., Gadegbeku B., Martin, J.L., Biecheler M.B., Cannabis intoxication and fatal road crashes in France: population based case-control study
British Medical Journal, vol.331, n°7529, 2005, pp.1371-1374

[19] Sasco A., « Cannabis et risques somatiques » dans Cannabis, données essentielles
Saint-Denis, OFDT, 2006, pp.90-96

[20] Brisacier A.C., « Morbidité et mortalité liées aux drogues illicites », dans Drogues et addictions, données essentielles
Saint-Denis, OFDT, 2013, pp. 105-112.

[21] Bello P.-Y., et al., Les usagers fréquents de cannabis, éléments descriptifs, France, 2004
Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire, n°20, 2005, pp. 89-91

[22] Tovar M.L., Le Nezet O. et Bastianic T., Perceptions et opinions des Français sur les drogues
Tendances, n°88, 2013, 6 p.

[23] « La réponse publique en France », dans Cannabis Données Essentielles.
Saint-Denis, OFDT, 2006, 37 p.

[24] MILDT, Plan gouvernemental de lutte contre les drogues et les conduites addictives 2013-2017
Paris, La documentation française, 2014, 121 p. (Rapports officiels)

[25] Obradovic I., Évaluation du dispositif des « consultations jeunes consommateurs » (2004-2007)
Saint-Denis, OFDT, 2009, 173 p.

[26] CEIP de Grenoble, Décès en relation avec l'abus de médicaments et de substances (DRAMES) 2012, Compte rendu de la séance n°6 du 20 mars 2014 de la Commission des stupéfiants et psychotropes
Saint-Denis, ANSM, 2014

[27] Détection des usages problématiques de cannabis : le Cannabis Abuse Screening Test (CAST)
Saint-Denis, OFDT, 2014, 9 p.

[28] Tovar M.L., Bastianic T., « Opinions et perceptions sur les drogues » dans Drogues et addictions, données essentielles
Saint-Denis, OFDT, 2013, pp. 46-52.

 

Carte "La législation française sur l'usage et la détention de cannabis en Europe. Etat des législations au sein de l'Union européenne des 28 au 1er juillet 2013)"

 

 

Repères législatifs et réglementaires

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- Loi n°70-1320 du 31 décembre 1970 relative aux mesures sanitaires de lutte contre la toxicomanie et la répression du trafic et de l'usage de substances vénéneuses, JORF du 2 janvier 1971.

- Loi n°86-76 du 17 janvier 1986 portant diverses dispositions d'ordre social, JORF du 18 janvier 1986.

- Loi n°87-1157 du 31 décembre 1987 relative à la lutte contre le trafic de stupéfiants et modifiant certaines dispositions du code pénal, JORF du 5 janvier 1988 ; NOR JUSX8700015L

- Circulaire DACG-DAP-DPJJ du 17 juin 1999 relative aux réponses judiciaires aux toxicomanies, BO Justice n°74 du 1er avril au 30 juin 1999 ; NOR JUSA9900148C

- Loi n°99-505 du 18 juin 1999 portant diverses mesures relatives à la sécurité routière et aux infractions sur les agents des exploitants de réseau de transport public de voyageurs, JORF du 19 juin 1999 ; NOR EQUX9800010L

- Décret n°2001-751 du 27 août 2001 relatif à la recherche de stupéfiants pratiquée sur les conducteurs impliqués dans un accident mortel de la circulation routière, modifiant le décret n°2001-251 du 22 mars 2001 relatif à la partie réglementaire du code de la route et modifiant le code de la route, JORF du 28 août 2001 ; NOR EQUS0100214D

- Loi n°2003-87 du 3 février 2003 relative à la conduite sous l'influence de substances ou plantes classées comme stupéfiants, JORF du 4 février 2003 ; NOR JUSX0205970L

- Circulaire CRIM 05/1/G4 du 8 avril 2005 relative à la lutte contre la toxicomanie et les dépendances ; NOR JUSD0530061C

- Loi n°2007-297 du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance et modifiant le code pénal et le code de procédure pénale, JORF du 7 mars 2007 ; NOR INTX0600091L

- Décret n°2007-1388 du 26 septembre 2007 pris pour l'application de la loi n°2007-297 du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance et modifiant le code pénal et le code de procédure pénale, JORF du 28 septembre 2007 ; NOR JUSD0755654D

- Circulaire CRIM 2012-6/G4 du 16 février 2012 relative à l’amélioration du traitement judiciaire de l’usage de produits stupéfiants, BO Justice n°2012-02 du 29 février 2012 ; NOR JUSD1204745C

- Loi n°2014-896 du 15 août 2014 relative à l’individualisation des peines et renforçant l’efficacité des sanctions pénales, JORF du 17 août 2014 ; NOR JUSX1322682L


Dernière mise à jour : novembre 2014