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Communiqué de presse

Production, transport, consommation… Quel impact les drogues de synthèse ont-elles sur l’environnement ?

Par nature illicites, et donc en marge de toutes normes de sécurité, les différentes étapes du trafic des drogues de synthèse affectent l’environnement de manière encore mal connue, malgré un intérêt récent de la recherche. L’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) présente un état de la science sur le sujet.

Des substances qui génèrent cinq à trente fois leur volume en déchets chimiques pendant leur production ; une activité clandestine qui, par nature, ne se soumet pas aux normes de traitement desdits déchets ; des stations d’épuration qui ne sont pas conçues pour traiter les résidus après consommation… Autant de facettes de l’impact environnemental des drogues de synthèse, qui, potentiellement massif, est pourtant peu étudié et mal connu.

La Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA) a été l’une des premières instances à porter la question de l’impact environnemental des drogues auprès de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC). Cette initiative est à l’origine du rapport pilote de l’ONUDC sur le sujet, en 2022. L’OFDT s’est emparé de la question dès 2024, en publiant une première analyse des tendances relatives à la production de drogues de synthèse et de déchets de matières toxiques générés durant leur processus de fabrication en Belgique. Il recense, dans cette nouvelle publication, la littérature sur l’impact environnemental des drogues de synthèse (amphétamines, méthamphétamine, MDMA, MDA, nouveaux produits de synthèse - NPS, kétamine…).

À l'origine des contaminations : la production et la consommation de ces drogues

La fabrication de drogues de synthèse dans des laboratoires clandestins (qui a lieu aussi en Europe, principalement en Belgique et aux Pays-Bas), sans encadrement légal ni respect de normes de sécurité, expose à des risques de contamination : échappement dans l’air, dépôt sur les surfaces, déversement dans les sols ou les réseaux d’égouts… Trois spécificités ou conditions aggravantes d’un point de vue écotoxicologique sont à noter : des cycles de vie longs de ces substances, une persistance sur les surfaces possible malgré la décontamination, et une toxicité rehaussée par des combinaisons chimiques incontrôlées (effet cocktail).

La consommation humaine, elle, peut affecter indirectement les milieux aquatiques par le rejet de résidus dans les eaux usées. Les stations d’épuration ne sont en effet pas conçues pour éliminer ces molécules complexes et leurs effluents peuvent alors contaminer les cours d’eau.

Des conséquences délétères multiples, un principe du pollueur-payeur inapplicable

Des études ont ainsi détecté des cathinones ou de la MDMA dans des eaux de surface en Espagne, des traces d’amphétamines et de méthamphétamine dans des rivières sur le plateau tibétain et en Chine. Une contamination qui s’étend parfois aux zones estuariennes et côtières et peut s’accumuler chez diverses espèces animales (huître, saumon, requin…). Or, l’exposition chronique, y compris à de faibles concentrations, de méthamphétamine, MDMA ou cocaïne entraîne, entre autres, des troubles de la locomotion, une dysfonction reproductive, des malformations embryonnaires chez les poissons, ou encore des altérations génétiques, cardiaques et immunitaires chez les invertébrés aquatiques. Quant aux effets sanitaires potentiels de ces expositions passives et involontaires sur les populations humaines, ils sont encore mal cernés.

Par ailleurs, la clandestinité des producteurs de drogues de synthèse entrave de fait le principe légal pollueur-payeur et reporte la charge financière sur les collectivités ou les propriétaires privés.

Des zones d’ombre encore nombreuses

L’OFDT identifie une liste de sujets de recherche dans ce vaste champ. Parmi bien d’autres: les effets neurodéveloppementaux, endocriniens, immunitaires, reproductifs et psychosociaux chez l’être humain d’expositions chroniques ou répétées aux drogues de synthèse présentes dans l’environnement; la distribution sociale et spatiale des expositions environnementales aux drogues de synthèse, à leurs précurseurs et leurs résidus en France; ou encore le coût social de la remédiation environnementale du marché illicite des drogues de synthèse, entre autres sur les plans écologique, sécuritaire, sanitaire, immobilier et de la gestion des déchets.
L’enjeu : rendre visible cette problématique tant dans le débat public que dans la programmation de la recherche.