Organisation et fonctionnement TREND

 

Les espaces d'investigation


Dans les différents sites du dispositif TREND, les deux espaces principaux d'observation sont l'espace urbain et l'espace festif techno. Si les pratiques qui s'y déroulent (trafic, consommation) présentent un intérêt, au même titre que celles qui se tiennent ailleurs, ces cadres d'observation valent surtout par la possibilité qu'ils offrent de rencontrer, dans des lieux ou des temps que l'on peut circonscrire, une part importante des usagers de drogues. Le choix de ces deux espaces en particulier tient aussi à la forte probabilité de repérer, parmi les populations qui les fréquentent, des phénomènes nouveaux ou non encore observés même s'ils ne sauraient épuiser à eux seuls la réalité de l'usage de drogues aujourd'hui en France.

L'espace urbain, défini par TREND, recouvre essentiellement le dispositif des structures de première ligne, boutiques et PES (Programme d'échanges de seringues), et les lieux ouverts (rue, squat, etc.), devenues CAARUD (Centres d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques des usagers de drogue) en 2006.

La plupart des personnes rencontrées dans ce cadre sont des usagers problématiques de produits illicites dont les conditions de vie sont fortement marquées par la précarité.

L'espace festif techno désigne les lieux où se déroulent des événements organisés autour de ce courant musical. Il comprend l'espace techno dit « alternatif » (free parties, rave parties, teknivals) mais aussi les clubs, les discothèques ou les soirées privées.

En 2007, a été ouvert au sein de l'espace festif, un sous-espace d'observation, limité à Paris et à Toulouse : l'espace festif gay ou « le milieu du clubbing homosexuel ». Les populations qui fréquentent cet espace ont des prévalences de consommation de drogues relativement importantes par rapport à la population générale du même âge. Si une part de cet usage de drogues se distingue peu de celui des usagers festifs « techno » tout venant, il existe des types d'usage qui s'en distinguent, par les intentionnalités d'usage, par le choix de certains produits et les circonstances de leur utilisation. À travers les établissements dit gay friendly (non réservés aux gays mais où ils y jouent un rôle prépondérants dans l'orientation des tendances), certains usages peuvent être repris par des groupes plus larges de personnes familières des psychotropes. Ce phénomène a d'ailleurs été vérifié par deux fois depuis le démarrage de l'observation sur cet espace à travers la diffusion de la consommation des poppers d'une part et du GHB/GBL d'autre part.

À l'intérieur de chacun de ces espaces évoluent des populations d'usagers très différentes, allant des personnes les plus précaires fortement marginalisées aux usagers socialement insérés. Depuis quelques années, on observe une porosité croissante entre ces espaces, liée notamment à l'existence d'une population précarisée constituée de jeunes « errants » qui fréquentent tant les structures de réduction des risque en milieu urbain (CAARUD) que les événements festifs techno du courant alternatif.

La volonté de centrer l'observation sur les populations – la définition d'espaces d'observation n'étant qu'une facilité méthodologique – amène fréquemment le dispositif à voir au-delà de ces derniers, en suivant les groupes qui y transitent (et plus pratiquement en interrogeant les observateurs-clés qui peuvent suivre les usagers en dehors des espaces d'observation défini ainsi que les usagers eux-mêmes) : espaces privés, banlieues et zones péri-urbaines, zones d'approvisionnement etc.

Pour autant, ces zones ne sont pas investiguées avec les mêmes moyens et les informations apportées sont plus floues.

Il est important de rappeler que ce dispositif se concentre sur des groupes de populations spécifiques beaucoup plus consommatrices de produits psychotropes que la population générale d'âge équivalent. Les constats qui en découlent ne peuvent donc être généralisés à l'ensemble de la population.