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Narguilé

Le narguilé ou chicha est une pipe à eau utilisée pour fumer des produits à base de tabac, principalement du « tabamel », mélange de tabac, de sucre ou de miel et d’arômes de fruits sous forme de pâte. Le terme chicha est également utilisé pour désigner le produit fumé.

La chicha (shisha, hookah, hubble bubble dans les pays anglo-saxons) est traditionnellement utilisée pour fumer du tabac en Inde, dans une large zone moyen-orientale et dans une partie de l’Afrique, incluant notamment les pays du Maghreb. À partir de la fin des années 1990, cette pratique s’est diffusée dans les pays occidentaux.

L’attractivité de ce mode de consommation repose, en particulier, sur son aspect convivial et récréatif, sur l’expérience d’une fumée perçue par les usagers comme plus fraîche et plus douce que celle inhalée via la cigarette, mais surtout sur la promotion, de la part des acteurs économiques de l’industrie du tabac, de représentations mêlant (ré)appropriation d’une pratique traditionnelle ancienne, expérience gustative et valorisation de l’objet, entre tradition, esthétique et fonctionnalités pointues. Le développement d’une large gamme de saveurs sucrées vise à attirer un public jeune en faisant oublier la présence du tabac. En outre, certains discours laissent clairement penser que fumer la chicha serait moins dangereux que fumer du tabac sous forme de cigarettes : en évoquant l’aspect simple et « naturel » des produits à fumer, « préparés à la main » ; en suggérant une « purification » de la fumée, due au rôle filtrant de l’eau sur des composés nocifs issus de la combustion du tabac (voir Fumer/Fumée) ou encore en affirmant qu’il n’y a pas de combustion de la substance consommée avec un narguilé.

Principe de fonctionnement du narguilé

Un narguilé est composé d’une haute colonne verticale (75 cm ou plus) (cheminée, pipe, corps). Sa partie supérieure est généralement dotée d’un plateau (cendrier), surmontée par le foyer (ou douille ou tête). Sa partie inférieure est immergée dans l’eau contenue dans un vase (ou réservoir).

  • Le foyer (ou douille) est une sorte de petit bol qui contient le tabac. Il est percé pour laisser passer la fumée dans la cheminée. Le tabac est lui-même surmonté par du charbon de bois incandescent, dont il est séparé (sur les modèles actuels, du moins) par une sorte de grille ou une feuille d’aluminium perforée.
  • Le vase ou réservoir contient environ 0,5 à 1 litre d’eau. Souvent en verre, il peut être composé d’un grand nombre de matières : bois, inox, porcelaine, acrylique… L’eau est surmontée d’un espace où la fumée s’accumule après avoir traversé l’eau (chambre à fumée).
  • Un ou plusieurs longs tuyaux flexibles, chacun terminé par un embout, permettent au(x) fumeur(s) d’aspirer le contenu de la chambre à fumée. Une première inspiration tire la fumée qui arrive du foyer par la cheminée, à travers l’eau. Une autre inspiration permet ensuite au fumeur d’inhaler d’un seul coup la quantité de fumée ainsi stockée dans la chambre.
Schéma d'un narguilé composé d’une haute colonne verticale dotée d’un plateau, surmontée par le foyer qui contient le tabac. Sa partie inférieure est immergée dans l’eau contenue dans le réservoir.

L’offre de narguilés et d’accessoires s’est fortement diversifiée et complexifiée.

Le tabac à chicha

Le tabac à chicha (waterpipe tobacco) est intégré à une préparation formant une pâte humide, traditionnellement appelée tabamel. Le tabamel est généralement décrit comme contenant environ 20 % à 30 % de tabac. La nature des autres composants varie selon le type de produit. La mélasse, un liquide pâteux contenant une grande proportion de sucre est traditionnellement additionnée de miel, pulpe de fruits, pétales de fleur, huiles essentielles… Les mélanges industriels à ajouter au tabac, vendus actuellement, (appelés généralement molasses par les Anglo-Saxons) intègrent plutôt de la glycérine (glycérol), éventuellement mélangée avec propylène glycol, des sirops sucrés, ainsi que des arômes, agents de texture, conservateurs… Il existe une infinité d’arômes, le plus souvent fruités et sucrés.

Le tabac à chicha, sous la dénomination réglementaire de « tabac à pipe à eau », appartient à la catégorie juridique « produit du tabac » et sa composition, sa consommation, sa vente, etc. répondent à l’ensemble de la réglementation des produits du tabac (Code de la santé publique, Chapitre II, articles L 3512-1-1 à L 3512-28). Il ne peut notamment être vendu aux mineurs et n’est accessible aux particuliers que dans les bureaux de tabac et en consommation sur place dans les bars à chicha. La vente en ligne du tabac à chicha à un particulier est interdite. Le tabac à chicha est cependant exempté de l’interdiction de vente des produits du tabac « aromatisés ayant une odeur ou un goût clairement identifiable avant ou pendant la consommation, autre que ceux du tabac » inscrits sur la directive européenne sur les produits du tabac (2014/40/UE, modifiée en 2022, article 7).

Certains usagers utilisent le narguilé pour fumer du cannabis, en l’ajoutant à du tabac à chicha ou à un mélange sans tabac ni nicotine (goût chicha, voir infra).

Aspect sanitaire

La fumée produite par une chicha contient dans l’ensemble davantage de substances cancérigènes et toxiques que la fumée de cigarette. Contrairement à une idée répandue, il n’est donc pas moins dangereux de fumer la chicha que de fumer du tabac sous forme de cigarette (voir références bibliographiques en fin de définition).

La fumée produite par la chicha comporte, comme celle de la cigarette, une part de substances directement issues du tabac (sans transformation) et une part importante de composés physicochimiques toxiques produits lors de la combustion du tabac à chicha, auxquels s’ajoutent ceux, présents en plus grande quantité encore, issus de la combustion du charbon de bois (monoxyde de carbone notamment, hydrocarbures polycycliques à une forte concentration et métaux lourds). Par ailleurs, la fumée de la chicha se forme à une température inférieure (environ 450°C) à celle de la fumée inhalée par le fumeur de cigarette (environ 900°C à l’extrémité de la cigarette, lorsque le fumeur tire sur celle-ci). À 450 degrés, la part de combustion incomplète (voir le terme Fumer/Fumée) est plus importante et la fumée issue d’une chicha est plus concentrée en composants nocifs et comporte davantage de résidus de combustion que celle d‘une cigarette. En outre, le tabac à chicha contient, le plus souvent, du glycérol et/ou du propylène glycol, dont le chauffage à plus de 400°C produit des composés toxiques, de même que des arômes et des additifs potentiellement nocifs.

Filtration très partielle des composés toxiques

Les études indépendantes (non financées par l’industrie du tabac) montrent que l’eau ne filtre que partiellement quelques-uns des composés toxiques de la fumée produite, notamment les nitrosamines présentes dans le tabac et fortement cancérigènes. Qualitativement, la fumée inspirée par le fumeur à partir de la chicha contient dans l’ensemble les mêmes composés que ceux retrouvés dans la fumée de cigarette. La nicotine y est présente en quantité équivalente, les nitrosamines globalement en quantités réduites, mais les études concordent sur le fait que la fumée produite par une chicha est plus concentrée que la fumée de la cigarette en monoxyde de carbone (CO), en particules fines, en hydrocarbures aromatiques polycycliques, en aldéhydes volatils, en goudrons et en métaux lourds en raison de la combustion du charbon de bois.

Une forte exposition à la fumée

L’exposition des fumeurs de chicha à la fumée lors d’une session de consommation peut varier de manière importante selon la façon de consommer et le contexte : quantité de tabac dans la chicha, fréquence, volume et profondeur des inspirations, consommation partagée, aération de la pièce… En moyenne, on estime qu’en une session standard de 30 minutes à 1 heure, le fumeur va absorber un volume de fumée supérieur à environ cent fois celui d’une cigarette. La sensation rafraîchissante et de douceur de la fumée, les goûts sucrés, de même que la force nécessaire pour aspirer la fumée à travers l’eau incitent le fumeur à inspirer des volumes beaucoup plus importants de fumée, ce qui est rendu possible par son accumulation dans la chambre à fumée. Ces longues inspirations amènent la fumée à rester plus longtemps et plus profondément dans les poumons.

Comme la consommation de cigarette, la chicha dégage une fumée secondaire, plus toxique que la fumée inhalée directement par le fumeur, et responsable d’un tabagisme passif pour l’entourage. En outre, le fumeur lui-même absorbe aussi cette fumée secondaire lorsqu’il ne tire pas sur la chicha.

Risques avérés pour le fumeur

Un lien a été établi entre l’usage du narguilé et des troubles (toux, respiration sifflante) et pathologies respiratoires (bronchite chronique, bronchopneumopathie obstructive), des troubles et pathologies cardiovasculaires (hypertension, coronaropathie…), le cancer du poumon et la mortalité par cancer dans son ensemble. Le taux d’oxyde de carbone (CO) dans le sang (qui limite le transport de l’oxygène dans le sang en se fixant sur l’hémoglobine à la place de l’oxygène) est plus élevé chez le fumeur de chicha que chez le fumeur de cigarettes.

L’usage et le partage du matériel (notamment de l’embout) favorisent la transmission de germes entre fumeurs, le nettoyage efficace du narguilé étant difficile. 

Rappelons enfin que la nicotine provenant du tabac entraîne une dépendance quel que soit son mode d’absorption.

N.B. Le narguilé est généralement nommé waterpipe dans les publications scientifiques internationales.

Les produits présentés comme alternatifs au tabac ou à la combustion

Depuis les années 2010, les industriels développent une offre de substances aromatisées adaptées à l’usage du narguilé, sans tabac ni nicotine. Ne contenant pas de tabac, elles échappent à la législation sur les produits du tabac et sont donc en vente libre en France. Leur promotion s’appuie sur cette facilité d’accès, sur une fumée présentée comme « plus douce », mais surtout sur l’absence de risque de dépendance à la nicotine. D’une manière générale, ces substances sont valorisées par les sites de ventes comme des alternatives « plus saines » à l’usage de la chicha classique.

Les mélanges pour chicha sans tabac ni nicotine

Les mélanges sans tabac ni nicotine, couramment vendus sous les termes de « goûts chicha », sont présentés comme des substituts du tabac à chicha, à consommer avec un narguilé. Ils utilisent divers supports comme de la fibre de cellulose, de la glycérine et/ou du propylène glycol. Certains mélanges contiennent des feuilles de thés et éventuellement d’autres plantes. Ils se présentent sous forme de gel solide, pierre poreuse (à imbiber d’une préparation), crème ou encore pâte à utiliser telles quelles ou à ajouter à d’autres supports.

S’ils sont présentés comme des substituts du tabac, il est précisé pour certains goûts chicha qu’ils peuvent être ajoutés à du tabac par l’usager. Cela permet ainsi aux sites de vente de contourner la législation interdisant l’ajout d’arôme aux produits du tabac.

L’information des sites de vente sur le niveau de risque sanitaire de ces produits par rapport au tabac à chicha, apparaît confuse. Elles permettent effectivement d’éviter le risque addictif lié à la nicotine et le risque cancérigène des nitrosamines spécifiques du tabac. Plusieurs marques présentent des goûts chicha spécifiquement destinés à être vaporisés, par un narguilé classique, sans subir de combustion et certains sites de vente en ligne sous-entendent même une absence de combustion généralisée à tous les produits. Or, quelle que soit la substance consommée et son devenir lorsqu’elle est chauffée, le charbon incandescent utilisé pour chauffer le substitut de tabac, subit une combustion incomplète qui produit davantage de composés toxiques que le tabac lui-même, lorsqu’il est présent. En outre, la cellulose susceptible de remplacer le tabac subit une combustion dans les mêmes conditions que ce dernier et dégage également des nitrosamines. Enfin, les risques des autres constituants potentiellement nocifs du mélange persistent (glycérol et/ou propylène glycol, arômes, additifs). Très peu de données d’études indépendantes existent sur la composition de l’aérosol produit par les substituts sans tabac ni nicotine. Elles ont observé la présence des mêmes composés toxiques que ceux présents dans la fumée du tabac à chicha (Shihadeh, 2015).

La réglementation de ces produits en France n’est pas claire. A priori, les mélanges pour chicha sans tabac ni nicotine ne sont pas réglementés en France (juin 2025).

Les chichas ou narguilés électroniques, encore appelées e-chichas, ne sont pas des pipes à eau mais des dispositifs fonctionnant sur le principe de la cigarette électronique, prenant la forme d’une toute petite chicha (d’une dizaine de centimètres) ou simplement d’un embout de chicha. Destinées également à la consommation d’e-liquide, mélange chimique chauffé par une résistance électrique, elles se différencient de la cigarette électronique uniquement par leur volume total, le volume du réservoir et par leur puissance (voir cigarette électronique et e-liquide pour plus de précision).

Les e-liquides pour chicha sont parfois également appelés « goût chicha ».

En marge des chichas électroniques, un vaporisateur plutôt destiné au cannabis mais valorisé par le fabriquant pour sa capacité à vaporiser directement le tabac à chicha, a été mis sur le marché. La composition réelle de ce qui est inhalé par le fumeur n’a pas encore été étudiée par une étude indépendante et reste donc actuellement méconnue (février 2025).

Bars à chicha

La réglementation relative aux bars à chicha est développée au terme Chicha/Shisha.

Pour aller plus loin

Voir aussi : Fumer/FuméeTabac chauffé, Tabagisme passif