Fil d'Ariane
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- Substances psychoactives, usagers et marchés....
Le dispositif TREND a pour objectif principal d'identifier et de décrire à travers des observations locales l'évolution des tendances et des phénomènes émergents liés aux produits psychotropes illicites ou détournés de leur usage.
En 2024, le site TREND Île-de-France a poursuivi ses investigations dans l’espace de la marginalité urbaine à Paris et en Seine-Saint-Denis, dans les espaces festifs franciliens (principalement la scène techno) et dans les espaces festifs gays et/ou associés au chemsex. Après la Seine-Saint-Denis (2017), les Hauts-de-Seine (2021) et l’Essonne (2022), les investigations menées par TREND Île-de-France se sont progressivement étendues à l’ensemble du territoire régional pour mettre en place un dispositif de veille réactif et obtenir un premier portrait des usages et trafics de drogues dans les départements nouvellement investigués.
La note de synthèse s’attache d’abord à décrire les évolutions du trafic et des modalités d’approvisionnement des usagers. La livraison de drogues – à domicile ou à un point de rendez-vous convenu entre vendeur et client – se généralise, à travers le recours aux applications de messageries cryptées et réseaux sociaux. Les points de vente physiques (points de vente de cité ou marché de rue) constituent toujours des modalités d’approvisionnement très utilisées et s’adaptent aux moyens financiers des usagers en proposant des unités de vente inférieures au gramme. Comme depuis de nombreuses années, le marché de l’héroïne reste très instable en Île-de-France. La composition du produit, sa disponibilité et accessibilité varient dans le temps et selon les zones géographiques, y compris d’un point de vente à un autre dans une même ville. L’importante variabilité des taux de pureté ainsi que la présence de nouveaux adultérants dans les poudres revendues comme héroïne est particulièrement accidentogène pour les usagers.
Dans les espaces parisiens de la marginalité urbaine, le crack reste très disponible et accessible et la dispersion forcée des usagers et revendeurs s’est maintenue, dans le contexte des Jeux olympiques et paralympiques. Les principaux sites de consommation et de vente dans l’espace public se situent dans le Nord-est parisien, notamment à la forêt linéaire, zone boisée située entre Paris et Aubervilliers.
Phénomène nouvellement décrit en 2023, la consommation de cocaïne chlorhydrate par des usagers marginalisés à Paris se confirme cette année.
La kétamine et la 3-MMC poursuivent leur diffusion dans les espaces festifs commerciaux et alternatifs, dans un contexte d’offre abondante à prix faible. La composition du produit vendu en tant que 3-MMC reste incertaine : dans 90 % des cas, il ne s’agit pas de 3-MMC mais d’autres cathinones, en majorité de la 2-MMC selon des analyses effectuées à visées de réduction des risques.
Des acteurs de la santé communautaire et des champs sanitaire et médicosocial rapportent une
visibilité croissante de personnes exilées parmi les usagers pratiquant le chemsex. Les intervenants
sont également marqués par la précarisation du public accueilli dans leurs structures. Ils observent
l’arrivée dans leur file active de nouvelles personnes, déjà engagées dans des pratiques de chemsex et particulièrement précaires, et par ailleurs des chemsexeurs connus de leurs services sont pris dans des processus de précarisation d’une ampleur inédite.
Enfin, la note de synthèse fournit des données supplémentaires sur les usages, représentations,
dommages et recours aux soins des usagers de Lyrica®, de cannabinoïdes de synthèse (CS) ou
hémisynthétiques (CHS). Ces derniers miment les effets du THC, le plus souvent en plus puissant. En 2024, des collectes SINTES ont permis de documenter plusieurs cas d’intoxication aiguë suite à des consommations involontaires de CHS (adultération de résines ou herbes « CBD »). Des cas
d’intoxication aiguë faisant suite à des consommations volontaires (de PTC ou « Buddha Blue ») ont
également retenu l’attention du site TREND-SINTES francilien. Les personnes usagères de ces
substances sont particulièrement jeunes, le plus souvent mineures.