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- Drogues et conduites addictives en Guadeloupe
L’observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) présente les résultats de son enquête sur les usages de substances psychoactives en Guadeloupe.

C’est au travers du projet d’observation des usages de drogues en outre-mer (OUDOM), initié en 2022, que l’OFDT présente ces résultats sur les pratiques d’usages et le trafic de substances psychoactives en Guadeloupe. Cette enquête propose une première photographie des usages illicites en 2025, à partir d'entretiens réalisés avec des usagers, des professionnels du champ médicosocial et des professionnels de l’application de la loi.
La position géographique de la Guadeloupe en fait un territoire intégré dans les flux régionaux et internationaux de la cocaïne, entre pays producteurs d’Amérique du Sud et marché européen. Si la majorité de la cocaïne transitant par l’île antillaise est à destination de l’Europe, cette position de territoire « rebond » génère une disponibilité accrue du produit sur l’île, ce qui entraîne un prix au détail faible.
La substance est proposée dans des points de vente aisément identifiables. Plusieurs groupes composés de Guadeloupéens jouent un rôle majeur dans l’importation de cocaïne dans l’archipel, avec à leurs côtés des membres de diasporas dominicaine, haïtienne ou vénézuélienne, travaillant pour des cartels ou des organisations criminelles sud-américaines.
La consommation de cocaïne chlorhydrate (sous forme de poudre) est peu visible dans l’espace public. Longtemps associée aux « métropolitains » aisés, elle a été adoptée par certains Guadeloupéens mais fait l’objet de représentations négatives chez nombre de personnes interrogées. Ses usages ont lieu dans des contextes festifs ou dans certains secteurs professionnels, pour tenir les cadences parfois difficiles.
Des scènes d’usage et de trafic de cocaïne basée (ou crack) sont présents dans l’espace public en Guadeloupe depuis le milieu des années 1980. Ces dernières années, la forte présence de la cocaïne chlorhydrate (à partir de laquelle le crack est fabriqué) en a renouvelé la disponibilité, et ce produit est distribué dans de nombreux points de vente sur l’île. Les revendeurs proposent des quantités et des prix modulables et bas (voire à crédit), du fait de la grande précarité des consommateurs.
La relation aux revendeurs est d’ailleurs centrale dans la vie des usagers de crack marginalisés. Elle se caractérise fréquemment par la coercition, le trafiquant allant parfois jusqu’à conserver la carte bancaire du consommateur ou accaparer ses revenus (minima sociaux).
L’herbe de cannabis peut être produite localement ou importée des îles voisines. Elle est achetée en points de vente, par le biais de commandes sur les applications numériques ou auprès de connaissances. La résine, moins disponible, serait surtout importée de l’Hexagone.
Les consommateurs interrogés pour cette enquête présentent une diversité de profils sociodémographiques mais disposent globalement de ressources socio-économiques, même précaires. Tous ont débuté leur consommation dans un cadre festif. Et qu’elles mentionnent ou non des conséquences problématiques liées au cannabis, toutes les personnes interrogées le considèrent comme moins dangereux que les autres substances psychoactives, voire valorisent sa consommation.
L’enquête met en évidence un écart structurel entre les besoins et les capacités de prise en charge : manque de lits, absence de soins de suite et de réadaptation, difficultés d’orientation, impossibilité de maintenir les traitements… La disponibilité insuffisante des pipes à crack, l’absence de lieux d’accueil fixes et la saturation des dispositifs témoignent d’un système en tension. De plus, tandis que les pipes à crack font défaut, le faible nombre d’usagers injecteurs en Guadeloupe rend le matériel d’injection à moindre risque peu demandé et utilisé. L'ouverture d'un second CAARUD sur l'île, dans le secteur de Basse-Terre, devrait améliorer la situation. L’offre de soins en addictologie en Guadeloupe est portée par les quatre CSAPA dont la file active était d’environ 1 700 personnes en 2022, contre 2 000 en 2017. Cette diminution est en partie due aux difficultés de recrutement, en particulier pour des professionnels médicaux.