Évolutions du trafic et des modalités d’approvisionnement des usagers
La première partie de cette note de synthèse est consacrée aux trafics et aux modalités d’approvisionnement des usagers de drogues en Île-de-France. Les grandes tendances observées et décrites depuis la sortie de la crise sanitaire – notamment la généralisation du recours aux applications numériques et à la livraison, l’abondance et la diversification de l’offre, une disponibilité et une accessibilité accrues des produits, y compris pour les usagers précarisés – se poursuivent dans l’ensemble du territoire francilien. Deux produits font l’objet d’une focale : la cocaïne et l’héroïne. Caractérisée par des prix en baisse, des unités de vente fractionnées et des taux de pureté élevés, l’offre de cocaïne est, cette année encore, en augmentation, et ses usages se diffusent au sein de populations diverses. Déjà décrite en 2024, la circulation d’une héroïne aux taux de pureté élevés et à la composition atypique – ne comportant pas d’alcaloïdes naturels du pavot – perdure. Sous étroite surveillance des institutions européennes et françaises, de nouveaux opioïdes de synthèse circulent à la marge, mais ces produits ne se retrouvent pas sur les marchés physiques ni sur les plateformes de livraison en routine.
Espaces de la marginalité urbaine
Dans les espaces de la marginalité urbaine, les usagers précaires connaissent des difficultés croissantes d’accès à l’hébergement, aux soins et aux dispositifs de droit commun. Cette année, les principaux lieux de rassemblement d’usagers dans l’espace urbain ont été la Forêt linéaire dans le nord-est parisien (une zone boisée située entre les portes d’Aubervilliers et de la Villette), les tunnels sous le centre commercial des Halles et les rues alentour, et le bâtiment désaffecté de l’hôpital Robert-Ballanger, en Seine-Saint-Denis. Si le crack reste très visible dans cet espace, la diffusion de cocaïne chlorhydrate (qui se présente sous forme de poudre) perdure chez ces usagers précaires, attirés par sa disponibilité et des unités de vente inférieures au gramme, accessibles financièrement.
Espaces festifs commerciaux et alternatifs
La diffusion de « 3 » persiste dans les espaces festifs. Cette année encore, les analyses à visée de réduction des risques et des dommages ou de veille sanitaire montrent que les produits vendus sous l’appellation de 3-MMC contiennent le plus souvent de la 2-MMC. À partir de l’été 2025, la NEP (N-éthylpentédrone), une autre cathinone, apparaît comme un adultérant de plus en plus fréquent des poudres vendues comme « 3 ». Autre produit très présent dans les espaces festifs alternatifs et commerciaux, la kétamine reste toujours très disponible. Ses usages quotidiens et massifs ne cessent de gagner en visibilité et les dommages sanitaires associés ont constitué, cette année, un phénomène particulièrement saillant.
Chemsex
La prise en charge médico-psycho-sociale de chemsexers sur le territoire francilien se structure et s’institutionnalise progressivement, révélant des tensions idéologiques sous-jacentes entre différentes approches thérapeutiques et conceptions du soin. Alors que les frontières entre clubbeurs et sexers continuent de se brouiller, la perception des usages de produits psychoactifs dans les espaces HSH (hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes) reste fortement structurée par la classe sociale, le capital culturel et les ressources disponibles.
Dommages sanitaires
Dans une dernière partie, la note de synthèse fournit de nouvelles données sur les usages, les marchés et les conséquences sanitaires des cannabinoïdes synthétiques et hémisynthétiques. Selon les données SINTES, ces derniers se retrouvent dans des herbes, des résines ou des gummies vendus comme CBD, ainsi que, pour les cannabinoïdes synthétiques, dans des e-liquides vendus sous l’appellation de PTC – « Pète ton crâne –, Spleen ou Buddha Blue. Enfin, les usages de protoxyde d’azote et les dommages sanitaires associés sont abordés, dans un contexte légal en évolution.