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Thématique : Problèmes de santé et mortalité

Substance considérée : Autres substances psychoactives

 

Évolution du nombre de décès par surdose depuis 1985

 Surdoses mortelles par usage de stupéfiants et médicaments opiacés en France, 1985-2013

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Constat

Le nombre de décès par surdose de produits stupéfiants est stable en 2014 chez les individus de 15-64 ans, après une diminution en 2011 et 2012, suivie d’une hausse en 2013.
Après le pic atteint au milieu des années 1990, le nombre de décès par surdoses avait rapidement reflué sous l’effet, entre autre, du développement des traitements de substitution aux opiacés et d’une désaffection pour l’héroïne. Le changement de la nomenclature utilisée pour indiquer les causes de décès sur les certificats de décès survenu en 2000 rend difficile la lecture des évolutions au tout début de la nouvelle décennie. La hausse constatée à partir de 2004 a été très nette chez les individus de 15 à 49 ans, groupes d'âge associés aux usagers actifs de drogue jusqu’en 2008: le nombre de décès recensés était de 204 en 2003 et atteignait 298 en 2008 (soit une augmentation de près de 50%). Puis en 2009 et 2010, le nombre de décès par surdose dans cette tranche d’âge s’est stabilisé.
Mais on trouve aussi parmi les décès par surdoses issus du Cépidc une part non négligeable de personnes de plus de 50 ans, ce qui ne correspond pas au profil habituel des usagers de drogues. Si on constate bien une tendance au vieillissement des usagers d’opiacés vus dans les centres de soins, la proportion d’entre eux ayant dépassé cinquante ans reste encore relativement faible. Une partie des décès par surdose d’opiacés ne survient pas chez des usagers de drogues et correspond à des décès accidentels, dans un contexte de soins palliatifs ou par suicides liés à l’utilisation de traitements antidouleurs. Ce type de décès semble expliquer en 2010 et 2016 l’augmentation du nombre de décès par surdoses.
La baisse des décès par surdose observée en 2011 pourrait être liée à des changements dans le codage des causes de décès. En effet, cette baisse est liée à la diminution des décès codés F19 « Troubles mentaux et du comportement liés à l’utilisation de drogues multiples et troubles liés à l’utilisation d’autres substances psychoactives »; concomitante à l’arrêt de l’utilisation des codes F correspondant à des intoxications aiguës en cause initiale du décès, codes remplacés par les codes en lien avec une intoxication accidentelle ou auto-infligée par des substances (notamment X41, X42, X61, X62, Y11, Y12). En 2012, la baisse des décès par surdoses est liée à la diminution des décès codés X42 (intoxication accidentelle liée aux stupéfiants) tant chez les personnes de moins de 50 ans que les 50 ans et plus. En 2013, l’augmentation des décès par surdoses (+32 % par rapport à 2012) est en grande partie liée à l’augmentation des décès codés X42 chez les personnes de 50 et plus (+122 %) et dans une moindre mesure chez les moins de 50 ans (+ 44 %). En 2014, l’augmentation du nombre de décès par surdose (+ 6 %) est liée à l’augmentation des décès codés X42, notamment chez les personnes de 64 ans et plus (+ 44 %). Ces fluctuations des décès codés X42 en cause initiale sont difficiles à interpréter.

Parmi les décès par surdose chez les 15-49 ans, on compte un peu moins d'1 femme pour 4 hommes en 2014. La réalisation d’une autopsie est recommandée par le médecin certificateur dans 31 % des décès par surdose survenus chez les moins de 50 ans (le résultat est connu au moment de la rédaction du certificat dans 9 % des cas, tandis que la réalisation effective de l’autopsie n’est pas documentée dans 22 % de cas). Enfin, 52 % des décès n’ont pas donné lieu à une recommandation d’autopsie et cette information manque dans 17 % des certificats de décès.

Différentes hypothèses ont été avancées pour expliquer l’augmentation du nombre de décès par surdoses entre 2004 et 2010. Tout d’abord, plusieurs indices ont été dans le sens d’un retour de la consommation d’héroïne : hausse des interpellations pour usage d’héroïne, plus forte disponibilité de l’héroïne, circulation d’échantillons d’héroïne de pureté supérieure à 30 % dans un marché dominé depuis plusieurs années par une héroïne de mauvaise qualité, apparition de jeunes usagers moins sensibilisés aux pratiques de réduction des risques.
Si la baisse globale des décès observée en 2011 et 2012 est à interpréter avec précaution, une baisse des décès liés à l’héroïne semble bien étayée. Les données issues des certificats de décès renseignent assez mal les produits en cause. Des données d’une autre source (DRAMES, voire Remarques méthodologiques ci-dessous) exclusivement basée sur des résultats d’analyse toxicologique font apparaître en 2011 et 2012 une proportion de décès par abus de substance principalement imputée à l’héroïne respectivement de 18 % et 15 %, en nette baisse par rapport à la période 2006-2010 durant laquelle cette proportion était comprise entre 32 % et 40 %. Parallèlement, la pureté de l’héroïne en circulation a chuté de 13 % à 7 % entre 2010 et 2012. De 2013 à 2015, la proportion de décès liés à l’héroïne est en hausse (de 20 % à 30 %) et la pureté de l’héroïne a retrouvé son niveau de 2010 (15 % en 2014 et 11 % en 2015).
La source DRAMES montre également une proportion de décès causés par les médicaments de substitution aux opiacés (méthadone ou buprénorphine haut dosage) qui a augmenté durant la période 2006-2012 de 30 % à 60 % des décès liés à l’abus de substance, puis diminué à partir de 2013 et représente 41 % des décès en 2015. Bien que les opiacés licites ou illicites soient les principaux produits responsables des décès liés à l’abus de substances, des substances non opiacées sont aussi en cause, non par surdoses comme avec les opiacés, mais par complications cardio-vasculaires. En 2015, la cocaïne était impliquée dans 13 % des décès, le cannabis et les amphétamines dans respectivement 10 % et 8 % d’entre eux et les NPS (nouveaux produits de synthèse) dans 4 % des décès.

Remarques méthodologiques

Les données du graphique ci-dessus reposent sur les certificats de décès collectés et analysés par le CépiDc (Centre d'épidémiologie sur les causes médicales de décès, INSERM). Les informations figurant sur les certificats de décès ont été codées suivant la nomenclature de la Classification Internationale des Maladies 9e version (CIM 9) jusqu’en 1999, puis de la 10ème classification (CIM 10) depuis 2000. Depuis cette date, les décès pris en compte pour établir le graphique ci-dessus sont ceux correspondant aux codes CIM10 F11-F12, F14-F16 et F19 (troubles du comportement liées à la consommation des différents produits stupéfiants) ainsi qu’aux codes X42 (décès accidentels liés aux stupéfiants), X62 (suicides par usage de stupéfiants) et Y12 (décès par usage de stupéfiants, contexte inconnu). Il s'agit des causes dites initiales, c'est-à-dire ayant directement provoqué les décès. Cette liste de codes est conforme aux recommandations européennes qui visent à l’établissement de statistiques comparables pour les pays de l’Union européenne. Les codes CIM 9 utilisés auparavant correspondaient également aux recommandations européennes.

Ces chiffres souffrent de certaines limites. Certains certificats de décès peuvent tout d’abord ne pas mentionner la présence de stupéfiants, volontairement dans certains cas ou involontairement si l’utilisation de stupéfiants n’est pas connue. Certains décès par surdose peuvent également être classés en « cause inconnue ou mal connue », notamment en cas de procédure judiciaire, certains instituts médico-légaux n’établissent pas de certificats de décès à l’issue des investigations. Les décès par surdose d’opiacés ne correspondent pas uniquement à des surdoses de stupéfiants chez des usagers de drogues, mais aussi aux décès par surdose de morphine par suicide. Depuis 2012, les décès par surdose morphinique dans un contexte de soins palliatifs ou accidentels en lien avec une pathologie ayant mené à la prescription d’antalgiques opiacés font l’objet d’une vérification systématique, afin qu’ils ne puissent pas être codés X42 en cause initiale. L’information concernant la réalisation ou non d’une autopsie est précisée depuis 2013 (cette notion figurant dans la partie médicale du certificat de décès). De plus ces données de mortalité ont un délai de mise à disposition de 2 ans.

L’ANSM a de son côté mis en place dans le cadre du système DRAMES (Décès en Relation avec l'Abus de Médicaments Et de Substances) un recueil de données basé sur les informations fournies par les laboratoires d'analyses toxicologiques et les instituts médico-légaux (IML) à la demande des autorités judiciaires dans le cadre d’une recherche des causes de la mort. Les limites du système DRAMES tiennent pour l’instant à une couverture non exhaustive et variable des laboratoires et IML, ce qui rend difficile les comparaisons d’une année sur l’autre du nombre de décès signalés (38 experts toxicologues participant en 2014 et 45 experts en 2015). Cette enquête a denombré plus de décès liés à l’abus de substances en 2012 que les données du Cépidc, soulignant à quel point ces dernières sous estiment leur nombre.

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Dernière mise à jour : juillet 2017

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