Pour toute impression ou sauvegarde, ouvrir la version Word de cette page.

Thématique : Problèmes de santé et mortalité

Substance considérée : Autres substances psychoactives

 

Évolution du nombre de décès par surdose depuis 1985

 Surdoses mortelles par usage de stupéfiants et médicaments opiacés en France, 1985-2015

graph03.gif

Constat

Le nombre de décès par surdose de produits stupéfiants est stable entre 2013 et 2015 chez les individus de 15 à 49 ans, après une diminution en 2011 et 2012, suivie d’une hausse en 2013.
Après le pic atteint au milieu des années 1990, le nombre de décès par surdoses avait rapidement reflué sous l’effet, entre autre, du développement des traitements de substitution aux opiacés et d’une désaffection pour l’héroïne. Le changement de la nomenclature utilisée pour indiquer les causes de décès sur les certificats de décès survenu en 2000 rend difficile la lecture des évolutions au tout début de la nouvelle décennie. La hausse constatée à partir de 2004 a été très nette chez les individus de 15 à 49 ans, groupes d'âge associés aux usagers actifs de drogues, jusqu’en 2008: le nombre de décès recensés était de 204 en 2003 et a atteint 298 en 2008 (soit une augmentation de près de 50%). Puis en 2009 et 2010, le nombre de décès par surdose dans cette tranche d’âge s’est stabilisé.
Mais on trouve aussi parmi les décès par surdoses issus du Cépidc une part non négligeable de personnes de plus de 50 ans, ce qui ne correspond pas au profil habituel des usagers de drogues. Si on constate bien une tendance au vieillissement des usagers d’opiacés vus dans les centres de soins, la proportion d’entre eux ayant dépassé cinquante ans reste encore relativement faible. Une partie des décès par surdose d’opiacés ne survient pas chez des usagers de drogues et correspond à des décès accidentels ou dans un contexte de soins palliatifs. Ce type de décès semble expliquer en 2010, pour partie en 2013 et en 2014 l’augmentation du nombre de décès par surdoses.
La baisse des décès par surdose observée en 2011 pourrait être liée à des changements dans le codage des causes de décès. En effet, cette baisse est liée à la diminution des décès codés F19 « Troubles mentaux et du comportement liés à l’utilisation de drogues multiples et troubles liés à l’utilisation d’autres substances psychoactives »; concomitante à l’arrêt de l’utilisation des codes F correspondant à des intoxications aiguës en cause initiale du décès, codes remplacés par les codes en lien avec une intoxication accidentelle ou auto-infligée par des substances (notamment X41, X42, X61, X62, Y11, Y12). En 2012, la baisse des décès par surdoses est liée à la diminution des décès codés X42 (intoxication accidentelle liée aux stupéfiants) tant chez les personnes de moins de 50 ans que les 50 ans et plus. En 2013, l’augmentation des décès par surdoses (+32 % par rapport à 2012) est en grande partie liée à l’augmentation des décès codés X42 chez les personnes de 50 et plus (+122 %) et dans une moindre mesure chez les moins de 50 ans (+ 44 %). En 2014, l’augmentation du nombre de décès par surdose (+ 6 %) est liée à l’augmentation des décès codés X42, notamment chez les personnes de 64 ans et plus (+ 44 %). Ces fluctuations des décès codés X42 en cause initiale sont difficiles à interpréter.

Parmi les décès par surdose chez les 15-49 ans, on compte un peu plus d'1 femme pour 9 hommes en 2015 (contre environ 1 femme pour 4 hommes les années précédentes). La réalisation d’une autopsie est recommandée par le médecin certificateur dans 35 % des décès par surdose survenus chez les moins de 50 ans (le résultat est connu au moment de la rédaction du certificat dans 8 % des cas, tandis que la réalisation effective de l’autopsie n’est pas documentée dans 27 % de cas). Enfin, 49 % des décès n’ont pas donné lieu à une recommandation d’autopsie et cette information manque dans 16 % des certificats de décès.

Différentes hypothèses ont été avancées pour expliquer l’augmentation du nombre de décès par surdoses entre 2004 et 2010. Tout d’abord, plusieurs indices ont été dans le sens d’un retour de la consommation d’héroïne : hausse des interpellations pour usage d’héroïne, plus forte disponibilité de l’héroïne, circulation d’échantillons d’héroïne de pureté supérieure à 30 % dans un marché dominé depuis plusieurs années par une héroïne de mauvaise qualité, apparition de jeunes usagers moins sensibilisés aux pratiques de réduction des risques.
Si la baisse globale des décès observée en 2011 et 2012 est à interpréter avec précaution, une baisse des décès liés à l’héroïne semble bien étayée. Les données issues des certificats de décès renseignent assez mal les produits en cause. Des données d’une autre source (DRAMES, voire Remarques méthodologiques ci-dessous) exclusivement basée sur des résultats d’analyse toxicologique font apparaître en 2011 et 2012 une proportion de décès par abus de substance principalement imputée à l’héroïne respectivement de 18 % et 15 %, en nette baisse par rapport à la période 2006-2010 durant laquelle cette proportion était comprise entre 32 % et 40 %. Parallèlement, la pureté de l’héroïne en circulation a chuté de 13 % à 7 % entre 2010 et 2012. De 2013 à 2015, la proportion de décès liés à l’héroïne est en hausse (de 20 % à 30 %) et la pureté de l’héroïne a retrouvé son niveau de 2010 (15 % en 2014 et 11 % en 2015).
La source DRAMES montre également une proportion de décès causés par les médicaments de substitution aux opiacés (méthadone ou buprénorphine haut dosage) qui a augmenté durant la période 2006-2012 de 30 % à 60 % des décès liés à l’abus de substance, puis diminué à partir de 2013 et représente 41 % des décès en 2015. Bien que les opiacés licites ou illicites soient les principaux produits responsables des décès liés à l’abus de substances, des substances non opiacées sont aussi en cause, non par surdoses comme avec les opiacés, mais par complications cardio-vasculaires. En 2015, la cocaïne était impliquée dans 13 % des décès, le cannabis et les amphétamines dans respectivement 10 % et 8 % d’entre eux et les NPS (nouveaux produits de synthèse) dans 4 % des décès.

Remarques méthodologiques

Les données du graphique ci-dessus reposent sur les certificats de décès collectés et analysés par le CépiDc (Centre d'épidémiologie sur les causes médicales de décès, INSERM). Les informations figurant sur les certificats de décès ont été codées suivant la nomenclature de la Classification Internationale des Maladies 9e version (CIM 9) jusqu’en 1999, puis de la 10ème classification (CIM 10) depuis 2000. Depuis cette date, les décès pris en compte pour établir le graphique ci-dessus sont ceux correspondant aux codes CIM10 F11-F12, F14-F16 et F19 (troubles du comportement liées à la consommation des différents produits stupéfiants) ainsi qu’aux codes X42 (décès accidentels liés aux stupéfiants), X62 (suicides par usage de stupéfiants) et Y12 (décès par usage de stupéfiants, contexte inconnu). Il s'agit des causes dites initiales, c'est-à-dire ayant directement provoqué les décès. Cette liste de codes est conforme aux recommandations européennes qui visent à l’établissement de statistiques comparables pour les pays de l’Union européenne. Les codes CIM 9 utilisés auparavant correspondaient également aux recommandations européennes.

Ces chiffres souffrent de certaines limites. Certains certificats de décès peuvent tout d’abord ne pas mentionner la présence de stupéfiants, volontairement dans certains cas ou involontairement si l’utilisation de stupéfiants n’est pas connue. Certains décès par surdose peuvent également être classés en « cause inconnue ou mal connue », notamment en cas de procédure judiciaire, certains instituts médico-légaux (IML) n’établissent pas de certificats de décès à l’issue des investigations. Ainsi en 2016, seuls 4 IML sur 30 interrogés (la France compte 32 IML sur son territoire) déclaraient rédiger systématiquement un second certificat de décès. Les décès par surdose d’opiacés ne correspondent pas uniquement à des surdoses de stupéfiants chez des usagers de drogues, mais aussi aux décès par surdose de morphine par suicide. L’information concernant la réalisation ou non d’une autopsie est précisée depuis 2013 (cette notion figurant dans la partie médicale du certificat de décès). Le pourcentage de décès certifiés électroniquement progresse depuis sa mise en place en 2006 mais reste faible: 12 % en 2017.  De plus ces données de mortalité ont un délai de mise à disposition de 2 ans. Un nouveau certificat de décès, ainsi qu’un volet médical complémentaire à ce certificat sont entrés en vigueur en janvier 2018. Le volet complémentaire est destiné à renseigner les causes du décès lorsqu’elles sont connues plusieurs jours après le décès, comme dans le cas des décès par surdose ayant donné lieu à des investigations médico-légales.

L’ANSM a de son côté mis en place dans le cadre du système DRAMES (Décès en Relation avec l'Abus de Médicaments Et de Substances) un recueil de données basé sur les informations fournies par les laboratoires d'analyses toxicologiques et les instituts médico-légaux (IML) à la demande des autorités judiciaires dans le cadre d’une recherche des causes de la mort. Les limites du système DRAMES tiennent pour l’instant à une couverture non exhaustive et variable des laboratoires et IML, ce qui rend difficile les comparaisons d’une année sur l’autre du nombre de décès signalés (38 experts toxicologues participant en 2014 et 45 experts en 2015). Cette enquête a denombré plus de décès liés à l’abus de substances en 2012 que les données du Cépidc, soulignant à quel point ces dernières sous estiment leur nombre.

Bibliographie

Boulat T., Brisacier A.-C., Palle C. (2017) Identification des obstacles à la surveillance et à la connaissance des décès par surdose en France. Saint-Denis, OFDT, 40 p.
http://www.ofdt.fr/publications/collections/rapports/rapports-d-etudes/rapports-detudes-ofdt-parus-en-2017/identification-des-obstacles-la-surveillance-et-la-connaissance-des-deces-par-surdose-en-france/

Cadet-Taïrou A., Gandilhon M., Martinez M., Néfau T., Milhet M. (2016) Substances psychoactives, usagers et marchés : les tendances récentes (2015-2016). Tendances, OFDT, n° 115, 8 p.
http://www.ofdt.fr/publications/collections/periodiques/lettre-tendances/substances-psychoactives-usagers-et-marches-les-tendances-recentes-2015-2016-tendances-115-decembre-2016/

Centre d'épidémiologie sur les causes médicales de décès (Cépi-DC - INSERM). Registre national des causes de décès. Disponible sur: http://www.cepidc.inserm.fr

CépiDC-Inserm, Santé publique France (2018) Enquête sur les activités et pratiques des instituts médico-légaux en France en 2016, en vue de l'amélioration  des connaissances des données sur la mortalité. In: Suicide. Enjeux éthiques de la prévention, singularités du suicide à l'adolescence, Observatoire national du suicide  DREES (Dir.), p. 197-201.
http://drees.solidarites-sante.gouv.fr/etudes-et-statistiques/la-drees/observatoire-national-du-suicide-ons/suicide-enjeux-ethiques-prevention-singularites-suicide-adolescence

CEIP-A (Centres d'évaluation et d'information sur la pharmacodépendance - addictovigilance) et ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé). DRAMES (Décès en relation avec l'abus de médicaments et de substances). Résultats de l'enquête 2015, Saint-Denis, ANSM, 2017, 2 p.
http://ansm.sante.fr/var/ansm_site/storage/original/application/01c99bad61b61c11e17ed6c81cb86eb4.pdf

Deborde T., Brisacier A.-C. (2017) Décès par surdose en France. Swaps, n° 86, p. 19-23.
http://vih.org/revue/swaps-86-1er-sommet-vape

Deborde T., Brisacier A.C. (2016) Les décès par surdose en France. État des lieux et comparaisons européennes. Saint-Denis, OFDT, 130 p.
http://www.ofdt.fr/publications/collections/rapports/rapports-d-etudes/rapports-detudes-ofdt-parus-en-2017/identification-des-obstacles-la-surveillance-et-la-connaissance-des-deces-par-surdose-en-france/

Janssen E., « Les décès par surdose de drogues en France. Une présentation critique », Revue d'Epidémiologie et de Santé Publique, Vol. 57, n° 2, 2009, pp. 126-129.

Janssen E.,Palle C. (2010) Les surdoses mortelles par usage de substances psychoactives en France, Tendances, OFDT, n° 70, 2010, 4 p.
http://www.ofdt.fr/publications/collections/periodiques/lettre-tendances/surdoses-mortelles-par-usage-de-substances-psychoactives-en-france-tendances-70-mai-2010/

Lepère B., Gourarier L., Sanchez M., Adda C., Peyret E., Nordmann F., Ben Soussen P., Gisselbrecht M., Lowenstein W. (2001) Diminution du nombre de surdoses mortelles à l'héroïne, en France, depuis 1994. A propos du rôle des traitements de substitution. Annales de médecine interne, Vol. 152, n° 3 Suppl., p. 1S5-1S12.

 

 

Retour page principale

Haut du document

Dernière mise à jour : juillet 2018

Enregistrer

Enregistrer