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Observatoire français des drogues et des toxicomanies

ORGANISME PUBLIC CHARGÉ DU RECUEIL, DE L'ANALYSE ET DE LA SYNTHÈSE DES DONNÉES RELATIVES AUX DROGUES ILLICITES, À L'ALCOOL ET AU TABAC EN FRANCE



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Perceptions et opinions sur les substances psychoactives et les politiques publiques relatives aux drogues

Synthèse

Au début des années 2000, la politique publique relative aux drogues en France s'est orientée vers une prise en compte moins différenciée des diverses substances psychoactives qui s'est traduit par une approche unifiée des drogues dans le plan triennal de la MILDT. La réglementation de l'alcool et du tabac est ainsi devenue de plus en plus stricte et l'application des mesures répressives sur les stupéfiants c'est assouplie. Le troisième exercice (1999, 2002, 2008) [1, 2, 3] de l’Enquête sur les Représentations, Opinions et Perceptions sur les Psychotropes (EROPP) mis en place par l’OFDT, permet de faire le point sur l’évolution de la connaissance et des opinions de la population française relatives aux drogues et aux principales actions publiques développées ces dernières années.

Opinions sur les politiques publiques


Une large majorité des personnes interrogées en 1999 et 2002 adhéraient au constat qui fondait la politique de réduction des risques. Près des trois quarts d'entre elles ne pensaient pas alors qu'il était possible de parvenir à un monde sans drogues. En 2008, l'adhésion aux principales mesures de réduction des risques existants, continue d’être importante même si un effritement est à constater : lors du dernier exercice EROPP plus de 7 personnes sur 10 se déclaraient favorables à la prescription de produits de substitution alors qu’elles étaient plus de 8 sur dix dans ce cas en 1999 et 2002).

Cette majorité favorable à la réduction des risques est beaucoup plus nuancée lorsque l’on envisage les formes les plus « discutées » : 73 % des enquêtés en 2008 se sont déclarés défavorables à l’idée de l’ouverture de salles de consommation au sein desquelles le matériel d’injection serait fourni. Cette moindre acceptation est à mettre en regard de l’évolution des représentations sur les usagers considérés plus comme responsable de leur pratique que comme victime.

Concernant le tabac, une part conséquente des individus est favorable à l’interdiction de vente aux mineurs, et ce malgré un léger fléchissement notable en 2008 (72 %), contre respectivement 77 % et  74 % en 2002 et 1999. Un français sur trois va jusqu’à considérer que le tabac devrait être totalement interdit à la vente.

Globalement, la population reste attachée au cadre législatif existant pour les drogues illicites. Le consensus à l'égard de l'obligation de soins pour les usagers interpellés reste également très fort (89 % d’avis favorables en 2008 vs 91 % en 1999 et 2002), y compris dans le cas d’une consommation de cannabis (81 % d’avis favorables en 2008 contre 77 % en 2002). La nouvelle édition de l’enquête EROPP témoigne de l’attachement des français aux mesures prohibitives. En 2008, ils sont ainsi très majoritairement opposés à une mise en vente libre du cannabis (85 % contre 76 % en 2002). La même évolution est à signaler concernant l’usage de cannabis sous certaines conditions : 70 % des personnes interrogées en 2008 contre respectivement  66 % et 65 % en 1999 et 2002. Sur ces questions et en convergence avec leur opinion sur la nécessité de mieux contrôler le marché des drogues, l’opinion des Français s’est durcie depuis 2002 (en témoigne une perception accrue de la dangerosité des drogues entre 1999 et 2008 quelque soit le produit considéré). Ainsi, la proportion qui se déclare en faveur d'une mise en vente libre du cannabis connaît un net recul : 15 % en 2008 contre respectivement 24 % en 2002 et 17 % en 1999. Cet indice, stratifié selon la proximité avec le produit (c'est-à-dire le fait de l’avoir consommé ou de l’avoir seulement expérimenté), montre que même au sein des consommateurs, 29 % sont, en 2008, en désaccord avec une vente libre du cannabis, soit un écart de 17 points par rapport à la dernière enquête de 2002. Les français sont aussi plus nombreux à adhérer à la théorie de l’escalade selon laquelle l’usage de cannabis conduirait à consommer des produits plus dangereux, et ceux quelque soit la strate considérée. Pour autant, la proximité avec le produit discrimine sensiblement les opinions sur ce sujet. Pour les personnes consommant ou ayant au moins expérimenté le cannabis, les raisons évoquées ne sont pas les mêmes que pour celles n’ayant jamais consommé de cannabis.

Concernant la mise à disposition de locaux et de matériel d’injection pour les consommateurs d’héroïne, 27% de la population se déclarent favorables à cette mesure. Enfin, pour l'alcool, comme pour le tabac et les autres drogues, plus de neuf enquêtés sur dix jugent utile l'information dispensée à l'école, mais les trois quarts l'estiment insuffisante, tandis que moins d'un sur dix y voit un danger.

Éléments de connaissance de la population


En 2008, 70 % connaissent l'existence des traitements de substitution (même niveau qu’en 1999 et 2002), mais la connaissance de la vente des seringues sans ordonnance qui avait quelque peu baissé, passant de 69 % en 1999 à 64 % en 2002, n’a pas été mesurée dans l’enquête de 2008. On note toutefois un affaiblissement relatif au fait d’être favorable à ces traitements de substitution (plus de 7 personnes sur 10 en 2008 contre plus de 8 sur 10 six ans auparavant).

En 1999 et en 2002, En réponse à la question : "Quelles sont les principales drogues que vous connaissez, ne serait-ce que de nom ?", les enquêtés citaient  en moyenne 3,8 produits. La "notoriété" du cannabis, qui reste le produit le plus fréquemment cité, était en hausse, tout comme celle de l'héroïne, de l'opium et de la cocaïne. En 2002, comme en 1999, le tabac et l'alcool se situaient respectivement aux 6e et 7e places, cités chacun par environ un enquêté sur cinq.

Perceptions de la dangerosité des produits


La perception des Français semble avoir évolué au cours de la décennie (1999 – 2008) dans le sens d’une plus grande appréhension à l’égard des produits psychoactifs, quel que soit le statut légal des substances. La hiérarchie de la dangerosité perçue des produits n’est pas modifiée mais les évolutions ne sont pas équivalentes. Celles-ci s’observent à partir des seuils estimés de dangerosité des consommations quotidiennes ; en moyenne ce seuil est passé de 3,6 verres en 1999 à 3,2 en 2008 pour l’alcool, de 11,4 à 9,2 pour le nombre de cigarettes sur cette même décennie. Le cas du tabac révèle un durcissement encore plus net avec 44 % des personnes estimant que seule une consommation quotidienne est néfaste en 2008 contre 73% en 2002. D’autre part, cette évolution se traduit par une perception accrue des dangers des consommations occasionnelles ou de l’expérimentation : 43 %  estiment que le tabac est dangereux dès la première prise (contre respectivement 25 % et 21 % en 2002 et 1999)  et 10% pour la dangerosité de l’alcool à la première expérimentation. Dans la même optique, en 2008, de nombreux Français s’accordent pour dire que même une consommation occasionnelle d’alcool (10%)  ou du tabac (12%) est mauvaise pour la santé (contre moins de 1 % en 2002 pour ces deux produits). En outre, l’idée selon laquelle l’alcool et le tabac représentent des dangers plus grands pour la société que la consommation de substances illicites fait encore largement consensus même si l’on note un affaiblissement concernant le tabac : 54% en 2008 contre 62% en 2002. L’alcool se maintient à un niveau constant sur les deux dernières enquêtes (70%).

Concernant le cannabis, la proportion de personnes qui jugent que c’est la consommation quotidienne qui crée la dangerosité recule, passant de 33 % à 25 % entre 2002 et 2008. Une part de plus en plus importante de la population considère que son expérimentation est déjà dangereuse : 62 % en 2008 contre respectivement 53 % et 52 % en 1999 et 2002. En termes de dépendance, le produit considéré comme le plus addictif entre le tabac, l’alcool et le cannabis est le tabac pour 49% des personnes interrogées  en 2008  loin devant le cannabis (30 %) et l’alcool (21 %).

De plus en plus de Français adhérent à l’opinion selon laquelle la consommation de cannabis conduirait à consommer par la suite des produits plus dangereux ("thèse de l'escalade") : 74 % en 2008 vs 66 % pour les deux enquêtes précédentes. Cependant, il est à noter que la part des personnes tout à fait d'accord avec cette idée a diminué progressivement, passant de 39 % en 1999 à 35 % en 2008. D’une manière générale, le cannabis occupe une place médiane entre les produits illicites, l’alcool et le tabac. Les personnes interrogées sont plus nombreuses à estimer que le cannabis est plus dangereux que l’alcool ou le tabac dès la première prise. Pour autant, cette substance n’est pas citée comme étant la plus addictive ; elle arrive en seconde position après le tabac.

Pour les drogues dites « dures », une très forte majorité de Français fait preuve d’une grande méfiance vis-à-vis de ces substances: en 2008,  92 % des enquêtés jugent la consommation d’héroïne dangereuse pour la santé dés l’expérimentation (89 % en 1999 et 2002). Pour la cocaïne, 6 % en 2008 jugent  que seule la consommation quotidienne est nocive (8 % en 2002) La proportion de personnes jugeant que l'ecstasy est dangereuse dès l'expérimentation s’étaient par contre accrue entre 1999  et 2002 (respectivement 76% et 79%), produit non mesuré en 2008. Dans le même temps, la part des personnes qui disaient ne pas connaître la substance avaient décru, passant de 5 % en 1999 à 3 % en 2002.

Le produit jugé le plus dangereux par les Français reste l'héroïne, suivies par l'ecstasy et la cocaïne, et ensuite par l'alcool et le tabac. Le cannabis est le produit considéré comme le moins dangereux, seules 2 % des personnes interrogées estiment qu'il est le produit le plus dangereux, cette proportion est en légère baisse depuis 1999.

En l’espace d’une décennie, les Français ont donc une perception accrue de la dangerosité des drogues et s’accordent pour considérer que les consommateurs, quel que soit le produit consommé, représentent un danger pour leur entourage.

Facteurs associés aux perceptions et aux opinions


Le rapport à chaque produit pèse sur les représentations : parmi les critères étudiés, c'est la proximité avec le produit (s'en être déjà vu proposer, ou connaître des consommateurs) qui semble influencer le plus fortement les opinions relatives aux substances psychoactives. Le niveau de diplôme, et l'âge, sont également très discriminants. Les plus diplômés sont ainsi plus enclins à distinguer le cannabis des autres produits illicites en termes de dangerosité ainsi qu'à avoir une conception pragmatique des drogues qui s'exprime dans des opinions générales, comme le fait de ne pas croire qu'un monde sans drogue soit possible, le fait de citer spontanément l'alcool et le tabac parmi les drogues. Ils sont également plus nombreux à plébisciter les mesures de réduction des risques ou à se déclarer favorables à certaines propositions libérales concernant le statut légal du cannabis. L'âge quant à lui, oppose globalement les plus âgés, moins tolérants vis-à-vis du cannabis, aux plus jeunes. La plupart du temps les écarts entre hommes et femmes sont faibles et s'expliquent en grande partie par la proximité au cannabis ou le niveau de diplôme.


Sélection de documents

1. Beck F. Perceptions, opinions, attitudes et connaissances de la population française en matière de toxicomanie : Etat des lieux et étude des évolutions depuis la fin des années 1980

OFDT, 1998, 62 p.

2. Beck F., Legleye S., Peretti-Watel P. Penser les drogues : perceptions des produits et des politiques publiques. Enquête sur les représentations opinions et perceptions sur les produits psychotropes (EROPP) 2002

OFDT, 2003, 228 p.

3. Costes J-M., Laffiteau C., Le Nézet O., Spilka S., Dix ans d’évolution des perceptions et des opinions des Français sur les drogues (1999-2008). Tendances n°71, Aout 2010, EROPP 2008

OFDT, 2010, 6 p.

4. Beck F., Peretti-Watel P. EROPP 99 : enquête sur les représentations, opinions et perceptions relatives aux psychotropes

OFDT, 2000, 203 p.

Dernière mise à jour : décembre 2010


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